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ECOMUSEE Créations Théâtrales
SAGALEJADE
COMEDIE "ONIRHISTORIQUE"
JY MOCHE
PRÉLUDE (en fond de scène la forêt avec un dolmen installé côté jardin) arrive un randonneur qui s'assied, boit à sa topette un coup de calva "ça c'est du calva" puis s'endort. Noir
ACTE 1
SCENE 1
arrive un rapeur (Fiacre), transistor sur l'épaule, animateur culturel de banlieue. Il chante en rap "un kilomètre à pied ça use ..." il essaie de s'orienter; regarde cartes et boussoles.
Fiacre: 3 heures que je le cherche ce phare de malheur! Bonvouloir! Tu parles Bonfoutoir, oui! Si je tenais celui qui est chargé du balisage! (il tombe sur un arbuste dont les feuilles vertes ont une forme de cœur: il en met une à la pochette)
La Gione: (arrivant en tenue vaporeuse) Bonjour! Vous cherchez quelque chose?
Fiacre: Des balises! rouges et blanches! Un GR qui conduit au mont saint Michel ça devrait quand même être balisé correctement!
La Gione: il y a des balises mais la végétation les cache très vite ...
Fiacre: trois heures que je devrais être à Bonvouloir! Mes jeunes doivent m’y attendre ... Et en plus c'est moi qui porte les casse croûte! Avec un tel retard on n'aura pas le temps de répéter avant la représentation de ce soir!
La Gione: Une représentation? Vous faites du théâtre?
Fiacre: Avec les jeunes de la cité on a eu une subvention du ministère de la ville et de la culture pour tourner dans la campagne normande en juillet et août.
La Gione: Et qu'est ce que vous interprétez?
Fiacre: Un p’tit truc qu'on a adapté de Corneille: "S O S Horace, touche pas à mon pot d’ Cid"!
La Gione: Et où a lieu la représentation de ce soir?
Fiacre: A Domfront! C'est encore loin?
La Gione: C'est à deux pas ... Venez avec moi; je vais vous conduire.
Fiacre. Volontiers! (Fiacre en rapant à nouveau "un kilomètre à pied ...")
La Gione: Tenez, on va descendre par le souterrain qui y conduit ... C'est un peu sombre… Vous n'avez pas peur du noir? Oh, pardon!
Fiacre : J'ai l'habitude! On me l'a fait souvent! Mais ce n'est pas tous les jours que le noir est éclairé par une étoile!
La Gione: (minaudant) Poète avec ça! (elle s'engage dans le souterrain)
Fiacre-. (la suit en rapant) Etoile, éclaires moi, étoile guides moi, dans ta nuit profonde je m'abandonne, je te suivrai jusqu'à l'aube où, étoile Matutine, tu te feras coquine! (ils disparaissent)
SCENE 2
Arrive Kevin, dit "John Deer" avec un relevé cadastral en mains. Il consulte son plan.
John Deer: Non! C'est pas encore la! Quand je pense à cet ahuri de notaire de Carrouges qui m'a dit qu'il n'y avait qu'à suivre le G R pour la trouver cette ferme de la Soulardière !… des friches pour une bouchée de pain qu’il dit. (il voit l'arbuste) s'il n'y a que des saloperies comme ça pour nourrir les cochons! (il en arrache rageusement une branche pour la mettre dans la pochette)
La Gione : (réapparaissant) Bonjour! Vous cherchez quelque chose?
John Deer: La! Soulardière ! Il y a un chemin qui est indiqué sur la carte mais impossible de le retrouver sur le terrain ... Même pas la moindre trace de tracteurs à suivre ... Que des arbres à perte de vue! Je comprends qu'il soit pas cher le terrain! Il n'y a pas la moindre petite prime là-dessus!
La Gione: Mais tous ces arbres ne sont-ils pas la plus belle prime dont nous gratifie la nature, cher Monsieur? Monsieur ...?
John Deer: Le Gonidec! Kevin Le Gonidec! Dit John Deer ... Mais Dear tout court pour les dames ...
La Gione: Mais, vous êtes breton! Que venez-vous faire ici, perdu au très fond de la Normandie?
John Deer: Je viens pour acheter la ferme de la Soulardière!
La Gione: Ce qu'il en reste! Disons, quelques ruines entourées de friches!
John Deer: Peu importe! Ce qui compte c'est la surface d'épandage
La Gione: La surface d'épandage?
John Deer: Pour le lisier! Vu qu’ils ne veulent plus nous laisser construire des porcheries en Bretagne, on est obligés de trouver le terrain ailleurs ... Il faut bien qu'on vive! ... Le cochon c'est notre gagne pain!
La Gione Votre tirelire, voulez-vous dire! Suivez - moi! Je vais vous y conduire, à votre coffre-fort!
John Deer: Vous connaissez bien la région?
La Gione Plus encore que vous ne l'imaginez! J'y suis née! Je connais même des passages secrets ... C'est plus court par le souterrain! (elle se dirige vers le dolmen)
John Deer: Vous avez aussi des machins comme ça par ici? J'espère que c'est pas protégé! A Carnac, on en a une palanquée d'alignés comme ça, qui ne servent à rien! C'est pas étonnant après ça qu'on manque de terrain pour produire du cochon! Ils verront les écolos, quand qu'ils n'auront plus que les pierres à se mettre sous la dent!
La Gione: Mais s'il faut nourrir le corps, l'esprit a aussi ses appétits ...
John Deer: (dragueur) Moi, c'est pas les pierres qui me mettent en appétit, ma belle! ( Il va pour la caresser)
La Gione: ( se dégageant) Promettez moi d'être sage dans le souterrain! (elle s'engage)
John Deer: (la suivant) Moi, je le jure! … (plus bas) mais je ne peux pas répondre pour mes mains! ...
(ils disparaissent)
SCENE 3
Arrivent Arthur (général en tenue) et Guenièvre.
Guenièvre: C'est bien la peine d'être général et de ne pas savoir lire une boussole! On comprend pourquoi on a perdu à Dien Bien Phu!
Arthur: Écoutez, très chère! Je ne tolérerai pas plus longtemps votre persiflage! L'aiguille n'arrive pas à se positionner! Si vous pensez être plus performante avec votre G M S, montrez moi céans la direction de Domfront.
Guenièvre: Vous savez bien que tout est brouillé ... C'est la première fois que la communication est rompue avec le satellite! ...
Arthur: … et la boussole a perdu le nord!
Guenièvre: J'y pense ... la mousse!
Arthur: Quoi? La mousse?
Guenièvre: Elle pousse au nord! Il faut trouver de la mousse!
Arthur: Nous allons chercher chacun de notre côté et nous ferons le point ici dans un quart d'heure. Réglons nos montres ... - 25 précises!
Guenièvre: De quelle heure?
Arthur: De 5 heures et demie, voyons!
Guenièvre: Moi, je vais par-là! (elle sort côté jardin) à tout à l'heure, Choubaby!
Arthur: C'est cela, très chère! Ce qu'elle peut m'énerver avec son Choubaby! Moi j'irai donc par là! (indiquant l'opposé, côté cour) (il s'aperçoit que ses lacets sont défaits) Allons bon! Qu'est ce encore? Mes lacets sont cassés! (il se baisse pour remettre ses lacets et tombe sur l'arbuste; il en met une branche dans les médailles)
La Gione: Bonjour! Que vous arrive - t'il?
Arthur: Mon lacet est cassé! Permettez moi de me présenter! Général Arthur de la Poche de Falaise! Mes hommages gente dame!
La Gione: Et voilà! À force de rogner sur le budget de l'armée, la Grande Muette se retrouve sans pieds!
Arthur: Même pas un bout de ficelle à traîner par ici!
La Gione: Suivez moi! Je connais une cache où nous trouverons votre bonheur!
Arthur: En si bonne compagnie, dans cette obscurité c'est un autre bonheur que je puis espérer!
(ils disparaissent dans le dolmen)
(Guenièvre réapparaît)
Guenièvre: Choubaby! Arthur! … Oh ! Oh ! Arthur! Choubaby! J'ai trouvé la mousse ... Le Nord est par là. Arthur! Mais où êtes-vous? Il est encore perdu! Mère avait raison, la guerre est une chose trop sérieuse pour être confiée aux hommes! Il ne me reste plus qu'à attendre! (elle va pour s'asseoir ... sur un personnage en tenue de camouflage qui se confond avec la végétation: Lancelot) (celui-ci se redresse)
Guenièvre: Oh , pardon! Je suis désolée; je ne vous avais pas vu
Lancelot: Je vous en prie! Il ne m'est pas donné tous les jours d'ouvrir les yeux sur un astre aussi est étincelant! Vous paraissez troublée!
Guenièvre: Avouez qu’il y a de quoi! Perdue, seule au cœur de la forêt ... Face à un inconnu!
Lancelot: Inconnu? Non point! Je vous suis sûrement plus familier que vous ne pensez: Lancelot ... Lancelot du lac!
Guenièvre: (vraiment troublée) Oh, Monsieur du Lac ... Si on m'avait dit! Je ne vous imaginais pas ainsi ... Dans cette tenue!
Lancelot: Mais je suis intemporel Madame! Je m'adapte aux époques ... Ainsi je passe inaperçu ... Personne ne m'importune et je puis mener ma quête en toute quiétude...
Guenièvre: Votre quête ?
Lancelot: Ma quête du Graal! Le saint objet dans lequel fut recueilli le sang du Christ!
Guenièvre: Après tout ce temps vous espérez encore trouver?
Lancelot: Je crois même toucher au but! Et dire que j'ai parcouru le monde et qu'il était là même ou je suis né!
Guenièvre: Vous naquîtes ici!
Lancelot: Au royaume de Ban! Ban de Banoïc, mon père!
Guenièvre: Et qu'est ce qui vous permet de penser que le Graal est ici?
Lancelot: J'ai découvert récemment qu'un des compagnons de Joseph d’Arimathie serait venu dans ces contrées désertes pour y mettre le précieux vase à l'abri des convoitises. Nous perdons sa trace dans la forêt de Nuz , voisine d'Andaines.
Guenièvre: Andaines, où nous sommes?
Lancelot: Il devait la traverser pour se rendre vers Vieux ... Il aurait disparu ici ... Comme beaucoup d'autres d'ailleurs ...
Guenièvre: Comme Arthur!
Lancelot: On dit effectivement que notre grand Roi aurait disparu au-delà de Domfront un peu plus à l'ouest.
Guenièvre: Je voulais parler de mon mari. ... le général Arthur de la Poche de Falaise ... Pour fêter nos noces d'argent nous faisons le pèlerinage au Mt Saint Michel. Cela fait deux jours que nous avons quitté Bagnoles et impossible de rallier Domfront ! Nous tournons en rond ...
Lancelot: C'est la Gione!
Guenièvre: Comment cela, la Gione?
Lancelot: La mauvaise fée de l'endroit! Ce dolmen n'est autre que son lit à ce qu'on dit! On ferait mieux de parler de sa table de sacrifice, oui!
Guenièvre: (effrayée) Une table de sacrifice ?
Lancelot: Elle a pour pouvoir d'égarer les hommes en forêt, de les conduire jusqu'ici pour les faire prisonniers puis de leur dévorer le cœur!
Guenièvre: C'est affreux! Et vous pensez qu'Arthur ...?
Lancelot: Sans aucun doute! C'est elle qui vous a égarée, qui affole les boussoles, brouille les ondes et les communications ... Comme c'est elle qui a sûrement séduit le porteur du Graal... d'où ma présence en ces lieux!
Guenièvre: Vous, vous pouvez espérer récupérer votre vase! Mais moi mon trésor, le cœur de Choubaby! Mais, comment a-t-il plus se laisser séduire! ...
Lancelot: Ne lui en veuillez point! Il n'est que la victime d'un maléfice.
Guenièvre: (pleurant) Mon Choubaby! Qu'est-ce que je vais devenir?
Lancelot: (compatissant) Ne désespérez pas! Nous allons essayer de le retrouver votre trésor ... Heureux homme qui fait l'objet d'une telle passion!
Guenièvre: Vous feriez ça pour moi? Comme vous êtes bon, Messire Lancelot! (elle se blottit dans ses bras)
Lancelot: (l'étreignant) Tout preux chevalier se doit de secourir une femme en détresse ...
Guenièvre: Mais la Gione ... elle ne vous a pas égaré, vous?
Lancelot: Ni mon corps ni mon cœur; je ne suis plus de condition humaine, Madame ; je suis un mythe et un mythe ça ne se dévore pas ... On ne se nourrît pas de virtuel!...
Guenièvre: (minaudant, déçue) Ainsi vous seriez insensible et aucun sentiment ne vous habite!
Lancelot: Non point! Votre désarroi m’émeut, Madame ... Madame la Générale!
Guenièvre: (lui tendant ses lèvres) Appelez -moi Guenièvre !
Lancelot: (se dégageant brusquement) Cette plaisanterie est de fort mauvais goût et vous offensez la mémoire de la plus vertueuse des femmes après notre sainte Mère!
Guenièvre: Mais ne vous méprenez pas ! Guenièvre est réellement le prénom que m'ont donné mes parents. Demandez à Arthur!
Lancelot: C'est cela; allons lui demander.
Guenièvre: Mais où le trouver?
Lancelot: Dans l'antre de la Gione. Ce dolmen en est l'entrée. Voilà plus de quinze ans que j'y pénètre chaque jour pour y chercher le Graal sans qu'elle s'en aperçoive. Mais c'est un tel dédale que ces quinze ans ne m'ont pas suffi à en faire le tour! (il fait basculer la pierre) Madame, après vous!
Guenièvre: J'ai trop peur! Si elle nous surprend!
Lancelot: Avec moi vous n'avez rien à craindre; je connais certaines parties de son labyrinthe presque mieux qu'elle.(riant) et puis, à ma connaissance, elle n'a pas encore dévoré de coeur de femmes! Gione n'est point gouine! (ils s'engagent dans le souterrain) (le rideau tombe et cache le dolmen; on entend Lancelot chanter: » Gione n'est point gouine ») (dans le noir on masque le dolmen avec une bâche grisâtre) ACTE 2
SCENE 1
Pénombre sur la scène. On entend en coulisses dialoguer Guenièvre et Lancelot.
Guenièvre: Vous êtes sûr que c'est le bon chemin. ?
Lancelot: J'y suis passé mille fois! (ils arrivent sur scène éclairés par une torche que porte Lancelot) (la scène s'éclaire légèrement et laisse apparaître des squelettes qui pendent) (si possible, trouver des étiquettes accrochées aux squelettes avec les noms de célèbres disparus: Adolphe (squelette avec une petite moustache et une mèche sur le crâne) Marcel (squelette avec short et gants de boxe) (NB: les squelettes ont, accroché sur le côté gauche, un cœur noir en tissu à l'instar de l'étoile juive)
Guenièvre: (se blottissant contre Lancelot) Mais c'est sinistre ... quelle horreur!
Lancelot: Nous avons ici la clé de beaucoup d'énigmes, de disparitions restées mystérieuses pour vous les humains! Cette salle c'est un peu sa galerie des célébrités, ses plus notables conquêtes ...
Guenièvre: Mais alors, vous pensez qu'Arthur …?
Lancelot: Rassurez-vous! La Gione est un écureuil qui garde longtemps ses proies avant de les consommer! Charmés qu'ils sont les hommes se laissent embrasser par la Gione. Baiser fatal par lequel elle inocule un germe de pétrification.
Guenièvre: Il sont statufiés!
Lancelot: Mais par là même le temps n'a plus de prise sur eux … tout processus de vieillissement est stoppé ... et on dit que la Gione les consomme, selon son humeur, en parfait état de fraîcheur, quelquefois longtemps après les avoir séduits: des décennies plus tard, voire, paraît-il, des siècles pour certains.
Guenièvre: Mais un cœur de général! C'est quand même chose rare! Pourvu qu'elle n'ait pas voulu s'en faire tout de suite un extra … vite ne perdons pas de temps et continuons à chercher (elle arrache la torche à Lancelot pour passer devant et la flamme s'éteint) (noir)
Lancelot: Vous êtes bien avancée maintenant. Où êtes-vous que je rallume ?
Guenièvre: Par ici!
Lancelot: Heureusement que j'ai toujours mes pierres à feu sur moi!
Guenièvre: J'ai peur!
Lancelot: Rapprochez vous! Ah je touche enfin votre épaule …
Guenièvre: (gloussant) Non, mon épaule c'est plus haut!
Lancelot: Oh, pardon ! excusez moi!
Guenièvre: Je vous en prie! Ne vous excusez pas! Et révélez plutôt vos feux!
Lancelot: Où est la torche?
Guenièvre: Dans ma main!
Lancelot: Votre main m'étreint trop, Madame, pour que je puisse ignorer votre méprise.
Guenièvre: (ton d'amoureuse et lascive) Lancelot!
Lancelot: Guenièvre !
Guenièvre: Ah! Lancelot ça craque!
Lancelot: Oh, oui je craque!
Guenièvre: Non, quelque chose qui craque sous nos pieds … Lancelot, au secours!
Lancelot: (tombant dans un abîme) Avec vous, Madame, j'irai jusqu'au plus profond des abîmes ...
Lancelot et Guenièvre: Ah! Ah! Ah!…
SCENE 2
Scène éclairée avec des torches. Fiacre, John Deer et Arthur sont là, debout, pétrifiés dans différentes positions d ‘embrassades. Avec eux: Patricio (journaliste à CNN), un cameraman, Lionel et Jacques (en voyage de PACS), Richard Cœur de Lion et un Cardinal (NB: ils ont tous un cœur rouge) Guenièvre et Lancelot tombent du plafond comme dans un final de toboggan.
Guenièvre: Oh, ma cheville!
Lancelot: Vous parlez d'une descente ! Et dire que je suis passé là des centaines de fois sans remarquer cette trappe qui a cédé sous notre poids. Guenièvre: (apercevant les statues) Ça, alors! Choubaby! Mon amour, vous êtes là! Eh bien, répondez Choubaby! C'est tout ce que ça vous fait de me voir!
Lancelot: Il est pétrifié et ne peut vous répondre, ni même vous entendre d'ailleurs!
Guenièvre: (l'oreille à la poitrine d'Arthur) Mais sont cœur bat!
Lancelot: La Gione garde les cœurs en état! N'oubliez pas que ce sont les cœurs qu'elle dévore.
Guenièvre: Pourquoi ces cœurs rouges? tout à l'heure les squelettes avaient des cœurs verts!
Lancelot: Sans doute est-ce un code pour indiquer ceux qu'elle n'a pas encore dévoré!
Guenièvre: Mais qu'est-ce qu'elle peut bien leur faire avaler pour les mettre dans cet état?
Lancelot: À en juger par leur attitude quelque chose qui les arrête brutalement au zénith de leurs transports!
Guenièvre: Il doit y avoir une sacrée dose de bromure dans sa salive à la Gione! Mais on ne peut pas le ramener comme ça sur notre dos ... C'est qu'il fait son poids Choubaby!
Lancelot: Un général ajoute à sa corpulence le poids des responsabilités!
Guenièvre: Faut quand même pas exagérer! Avec Choubaby la cervelle ne se mesure pas aux médailles!
Lancelot: Si seulement on avait un antidote on pourrait les réveiller et les emmener loin d’ici.
Guenièvre: À condition de retrouver la sortie !
Lancelot: L'un d’eux se souviendra peut-être du chemin qu'il a emprunté avec la Gione pour venir jusqu'ici. Elle n'a pas dû les transporter sur des kilomètres. Le problème c'est l’antidote!
Guenièvre: J'ai une idée! Si dans sa salive il y a du bromure pour couper leurs effets on peut essayer de leur faire avaler du viagra.
Lancelot: Du viagra?
Guenièvre: C'est un nouveau truc qui évite aux hommes de tomber en panne quand ils sont au lit avec une femme. Vous savez, des fois, avec l'âge ... Vous, vous n'en avez pas besoin ...
Lancelot: Je n'ai plus d'âge!
Guenièvre: Arthur, lui, il commence à en avoir de l'âge. Je peux vous dire que le général n'assure plus comme le caporal que j'ai connu il y a vingt-cinq ans quand on s'est mariés!
Lancelot: On perd en puissance ce qu'on gagne en pouvoir!
Guenièvre: À croire que les étoiles sont castratrices. En tout cas je ne pars plus sans une provision de viagra dans mon sac. ( elle en sort une plaquette) (elle s'approche du général et s'apprête à lui faire avaler une pilule) (se tournant vers Lancelot) Qu'est-ce qu'on risque?
Lancelot: Au point où on en est!
Guenièvre: Encore une chance qu'il ait la bouche ouverte! (elle lui fait avaler le viagra) (le général s'effondre) Mon dieu, je l'ai tué! Choubaby, mon amour! (elle le secoue ... le général revient à lui)
Arthur: Où suis je?
Lancelot: Dans l'antre de la Gione! Celle qui vous a conduit ici !
Guenièvre: Et que vous avez embrassée, goujat! Monstre d'infidélité ...Vous me paierez cela!
Lancelot : L'heure n'est pas au reproche; il faut fuir au plus vite… si la Gione revenait ... Vous souvenez-vous quel chemin vous avez emprunté?
Arthur: Par le moins du monde! (déjà transporté par le viagra) Ah très chère quel bonheur de vous revoir ... Si vous saviez comme je vous aime et quelle est l’ intensité du désir que je sens monter en moi! (il va pour l'étreindre)
Guenièvre: (se dégageant) Armez-vous de patience, très cher!
Arthur: (bougon) Un militaire est nécessairement armé!
Lancelot: Vos compagnons d'infortune se souviennent peut-être du chemin emprunté.
Guenièvre: Attendez ... J'ai encore une tablette entière de viagra! Je vais leur en donner!
Lancelot: (l'arrêtant)Vous êtes folle! Pas des pastilles entières ... Vous ne savez pas à quoi vous vous exposez après! Un quart de pastille suffira peut-être ... Essayez voir! ...
(Guenièvre et Lancelot lancent des pilules dans les différentes bouches ; ils tombent les uns après les autres.)(ils s'arrêtent à Richard couvert de toiles d'araignées)
Arthur: Ceux là, vu leur accoutrement ... si vous les ramenez à la surface ils ne risquent de pas de reconnaître grand-chose!
Guenièvre: Mais il me reste encore du viagra ... On ne va quand même pas les abandonner à un si triste sort !
Arthur: Vous n'allez pas gaspiller mes munitions !
Guenièvre: Si vous croyez, Choubaby, que je vais vous en garder pour en faire usage avec la première venue! ....(Lancelot et Guenièvre donnent du viagra à Richard et au Cardinal qui tombent avec leurs toiles d'araignées)
Arthur: Oseriez-vous mettre en doute ma vertu? Alors que j'ai été victime d'un terrible maléfice!
Guenièvre: Et la soubrette, il y a deux ans, elle s'appelait aussi maléfice?
Arthur: Nous avions dit que nous ne parlerions plus de cette ...
Guenièvre: ... de ce maléfice!
Lancelot: (désignant les gisants) Ce sont eux qu’il faut faire parler (il les gifle)
(les personnages reviennent à eux dans un brouhaha insupportable ... Chacun réagissant par rapport à sa condition)
Fiacre: (chantant en rap) Gione n'est point gouine!
John Deer: (tel un manifestant) Le cochon au juste prix ! Le cochon au juste prix!
Patricio: (tendant son micro à Arthur) Patricio d’Arvori pour CNN, toujours au cœur de l'événement! Je m'approche du général qui vient superviser la ligne de front Irako- Koweïtienne…
Lionel: Quelle belle aventure n'est ce pas?
Jacques : J'allais te le dire, qu'elle belle aventure!
Lionel: Phallique ... Il n'y a pas d'autre mot!
Jacques: Absolument ... Phallique !
Cardinal Nehelou: (se débarrassant de sa toile, il apparaît alors en cardinal ; regardant Guenièvre) Dieu est miséricordieux, ma fille, il a pitié de la pécheresse repentante.
Guenièvre: Mais c'est un cardinal! Comment se fait-il que vous vous trouviez en pareil endroit ?
Le Cardinal: Tel le Christ avec Marie Madeleine, j'ai rencontré sur le bord du chemin conduisant au Mont Saint Michel une pécheresse qui voulait que je l'entende en confession ... je l'ai suivie et ...
Arthur: ... et vous accédâtes à ses prières! (à Lancelot) elle ne s'en fait pas la Gione ... Elle s'y entend: un cœur de cardinal macéré dans de l'eau bénite, rehaussé de sel ça ne doit pas être mauvais.
Guenièvre: Sûrement plus digeste qu'un cœur de général parasité d'amours ancillaires!
Richard: (se dégageant de sa toile) cent mille marks pour ma rançon!
Lancelot: (ébahi) Mais C'est le duc Richard! Cœur de Lion!
John Deer: Le Cœur de Lion ,ça vaut pas le camembert breton!
Arthur: Cœur de Lion! On comprend pourquoi elle l’a gardé à mariner.
Jacques: Mon Dieu, ce qu'il est beau !
Lionel: Ah non ! Jacques tu ne va pas commencer !
Jacques: J'aime quand tu prends tes airs de lionne jalouse! Lionel! (se pouffant) Lionne - elle ! Lionne - elle, c'est drôle, non ?
Lionel: Tu deviens insupportable! Je m'en souviendrai de notre voyage de Pacs! Je regrette d'avoir dit oui à cette union. C'était presque mieux au temps de la cohabitation!
Jacques: Mais tu sais bien que tu es mon seul et tous mes amours à la fois! Mon Pluriel à moi!
Arthur: Un voyage de PACS!
Le Cardinal: Pax Christi! La paix soit avec vous!
John Deer: Qu'on ne me parle pas de la PAC! C'est ça qui a tué le cochon!
Richard: Pax Duci! La paix du Duc !
Patricio: (en anglais) Ici Patricio d'Arvori pour CNN ... Un scoop! Deux homosexuels en voyage de Pacs viennent de retrouver le Duc Roi Richard Cœur de Lion dans une cavité de la forêt d'Andaines, prisonnier d'une mauvaise fée ...
John Deer: Qu'est-ce qu'y dit ?
Fiacre: Il dit que deux homosexuels en voyage de Pacs viennent de retrouver le Duc Roi Richard Cœur de Lion dans une cavité de la forêt d'Andaines, prisonnier d'une mauvaise fée ...
Lancelot: Ici, on dit une fouace!
Arthur: (à Patricio) Ne vous fatiguez pas ... Il ne passera jamais votre bobineau!
Guenièvre: Je vous en prie, Choubaby! Ne soyez pas aussi défaitiste! On finirait par croire que c'est dans la nature des militaires!
Lancelot: (à Richard) Mais que faites vous ici, Messire Richard?
Richard: Messire Lancelot! Ça par exemple! Quelle surprise! La dernière fois que nous sommes vus, c'était du côté de St Jean d'Acre , si je ne m'abuse … Alors, ce Graal vous l'avez trouvé?
Lancelot: Je le cherche toujours ... Et c'est en le cherchant que je vous trouve ... Mais comment êtes-vous arrivé là? N'êtes vous pas enterré à Châlus … en Vendée ?
Richard: Enterré ! Mais je suis pas même mort! Pendant qu’Ivanhoé cherchait à rassembler la rançon pour me faire sortir de ma prison autrichienne, j'ai réussi à m'en enfuir. Arrivé en Andaines je m'installai dans cette forêt incognito pour tester la fidélité de mes vassaux normands sollicités par la félonie de mon frère Jean. Un jour sur le bord de mon chemin j'ai rencontré une damoiselle qui s'était tordu une cheville; devant mon incapacité à soigner son membre tors, elle me demande de la conduire à l'oratoire de St Ortaire; prétendant le chemin plus court, elle me fit engager dans un souterrain qui n'était en fait qu'un dédale ... après ... (geste évasif)
Lancelot: Vous non plus n'avez pas souvenance du chemin emprunté par la Gione pour vous conduire ici?
Richard: Je me souviens que nous avons descendu une longue... très longue échelle ... L'échelle du temps disait-elle !
Le Cardinal: L'échelle du temps! Mon Dieu, mais alors ...
Lancelot: Et oui, Monseigneur ! Nous sommes en pleine intemporalité ! Cela vous paraît invraisemblable! Moi, j'ai l'habitude, c'est désormais ma nature depuis le jour où ce brave Chrestien…
Le Cardinal: Vous voulez parler de Chrestien de Troyes, le poète préféré de la Reine Aliénor...
Richard: Vous connaissez ma mère?
Lancelot: Ces nobles gens ne la connaissent que par l'histoire, Messire! Ils appartiennent au 21ème siècle ...
Richard: Cela explique leur accoutrement!
Lancelot: Quant à votre mère, c'est elle qui fit venir à Domfront Chrestien qui par la magie de la création littéraire me fit passer du défunt Fraimbault que j'étais à l'immortel Lancelot que je suis désormais!
Le Cardinal: Et de nos jours on continue à cultiver ces mythes!
John Deer: Vous cultivez des mites par ici? C'est-y subventionné par Bruxelles ça? En tout cas il y aurait moins de problèmes pour l'épandage qu'avec le cochon !
Guenièvre: (reniflant une odeur nauséabonde) Et puis ça éviterait aux Bretons de s'annoncer par l'odeur!
Lionel: A 300 mètres, on a deviné que vous êtes Breton, vous!
Jacques: Pouah! Répugnant!
John Deer: Restez polis mes mignons!
Lionel et Jacques: Oh ! Ses mignons! ... (ils gloussent)
John Deer: Ce que vous sentez c'est la dernière création d'Yves Rocher: Cochonel n°5! (toisant Lionel et Jacques) c'est une odeur mâle, ça, mesdames! (Lionel et Jacques se reculent devant la pesanteur)
Fiacre: Qui perdure jusque dans l’intemporalité!
Guenièvre: Si Messire Richard pouvait retrouver l'échelle du temps ...
Richard: (désignant une toile) Il y a avait une toile.
Arthur: Avec toutes ces araignées, c'est pas ça qui manque les toiles!
Fiacre: Il veut parler du Web?
Lancelot: Je n'ai pas souvenance que la Gione racole sur Internet ...
John Deer: Ça ne m'aurait pas échappé!
Guenièvre: Internet est arrivé au fond des campagnes bretonnes?
John Deer: C'est la meilleure façon de se tenir au courant en temps réel des nouvelles primes! ... Comme ça on sait ce qu'on doit produire; vu que le cochon ne paye plus !
Guenièvre: On va finir par le savoir !
Arthur: Sur Internet il y a des trucs bien cochons qui payent, croyez moi!
Guenièvre: Je commence à comprendre l'ampleur de certaines notes de notre téléphone!
Le Cardinal: Quoi qu'on en dise, ça finit par coûter cher!
Fiacre: W W W. Gione. Ter (en chantant en rap, il se connecte avec son portable)
Lancelot: Vous aussi, Eminence, vous surfez là-dessus?
Le Cardinal: Uniquement pour consulter le site de monseigneur Gaillot, mon fils!
Fiacre: Ça passe ! La communication satellite remarche! Et en plus, j'ai trouvé le site de la Gione!
Arthur: Qu'est ce qu'il peut bien y avoir au menu?
Fiacre: (lisant l'écran) " Découvrez les charmes de la Normandie"
Lancelot: Je comprends! Elle incite les gens à venir par ici pour mieux les prendre à son piège!
Le Cardinal: Que de cœurs en péril! Mon Dieu!
Fiacre: Qu'est-ce que je choisis: Tourisme - gastronomie - histoire - architecture - frivolités ?
Lionel et Jacques: (en gloussant) Oh! Frivolités!
Lancelot: En choisissant histoire on peut peut-être avoir une indication sur l'échelle du temps dont parle Messire Richard!
Fiacre: Alors ... histoire: ancienne - contemporaine.
Arthur: Ancienne, bien sûr!
Fiacre: Les Ducs de Normandie. Recherche?
Richard: Tapez Richard, on verra ce qu'elle dit de moi!
Fiacre: (parcourant l'écran avec la souris) Henri ... Guillaume ... Richard ,voilà… mince j'ai cliqué sur Rollon!
Guenièvre: Mais je ne vois rien! Vous êtes tous agglutinés là !
Fiacre: Attendez, j'ai un système de projection de l'écran! Je vais projeter sur le drap là! J'ai du mal à faire la mise au point ! Il faudrait tirer un peu de chaque coté !
( sur l'écran, à l'instar d'Internet, "St Clair sur Epte, 911"; graphisme type tapisserie de Bayeux)
Lionel et Jacques: (se précipitant) tirer de chaque coté ... ça nous connaît! Mais, il y a à un écran derrière ... (ils arrachent le drap ... Apparaît un écran bordé de perforations) (sur l'écran, les personnages de la scène à venir, immobiles)(certains personnages ont un cœur rouge, d'autres un cœur noir)
Tous: Ça alors!
Richard: L'échelle du temps! Je me souviens maintenant!
Lancelot: Cliquez voir!
SCENE 3
Les personnages historiques, jusqu'alors figés, s'animent; aussitôt Patricio commente.
Patricio: Ici Patricio d'Arvori, qui vous parle en direct de St Clair sur Epte ce jour de l'an de grâce 911.
John Deer: (s'adressant à Fiacre) Qu'est ce qu'y dit?
(Patricio continue en anglais, en sourdine pendant que Fiacre traduit) Fiacre: Le Roi de France Charles le Simple, arrivé hier soir de Paris à bord du yacht royal, vient recevoir "l'hommage en marche", comme on dit, du chef normand Rollon qui va devenir devant vous le premier Duc de Normandie! Événement exceptionnel, mesdames et messieurs, qu'il vous est donné de vivre en direct grâce à CNN! Nous nous retrouvons après une page de publicité!
Le Cardinal: (se tournant vers Richard) Pourquoi dit on "l'hommage en marche"?
Richard: C'est ainsi qu'on qualifie l'hommage reçu par le roi en tout autre endroit qu'à la Cour.
Guenièvre: (à Lancelot) Vous avez vu, certains ont un cœur noir, d'autres un cœur rouge !
Lancelot: Toujours le même code pour distinguer ses prisonniers, assurément!
Patricio: Nous reprenons l'antenne au moment où Charles s'assied sur son trône. Rollon et ses vikings s'avancent maintenant et se tiennent debout face au roi. Le roi se relève ... On joue quelques notes des hymnes nationaux (extraits de la "Marseillaise" et de "Made in Normandie ) Oeuvre d'avant-garde, très futuriste qui devrait pour longtemps souder ces peuples. Mais je laisse maintenant s' exprimer le Grand Chambellan qui va lire la déclaration du roi.
Le Grd Chambellan: Charles, par la clémence de Dieu, Roi, proclamons: Que les sujets de mon royaume sachent qu'en raison des attaques excessives des païens qui se déchaînent sur les territoires des bord de la Seine, nous donnons ceux ci à Rollon et ses compagnons aux conditions: - qu'il les défendent pour notre compte, à nous, Charles le simple - Roi, dont il devient ce jour même le vassal.
Rollon: Je fais serment.
Le Grd Chambellan: - Qu'il soit désormais acquis au Christ et se fasse défenseur des édifices d'église.
Rollon: Je fais serment; la présence de ce clerc à mes côtés en atteste.
Arthur: Rouen vaut bien une messe!
Le Cardinal: Comment pouvez-vous le soupçonner de feindre sa conversion? Quelle perversité vous habite?
Arthur: Henri IV aussi il devait être sérieusement habité!
Le Gd Chambellan: - Qu'il prenne pour légitime épouse notre fille appelée Gisla, ici présente.
Rollon: Je fais serment!
Le Clerc: Mais vous avez déjà pris femme…
Rollon: Pope! Mais c'est ma "frilla"! (se tournant vers Pope) Nous ne sommes pas mariés devant Thor, n'est ce pas ma belle! Pope: (baissant les yeux) Non, Monseigneur!
Charles le Simple: Y aurait-il un problème? Notre chère fille ne vous conviendrait-elle point?
Le Clerc: Rollon a déjà une compagne, Pope, ici présente… sa frilla comme disent ces North men!
Rollon: Et alors! Ne sais tu point, clerc, que notre coutume nous autorise deux femmes: la femme politique et la femme de cœur!
John Deer: Quels veinards ces Normands, deux femmes!
Arthur: Pratique il est vrai pour les cinq premières minutes… mais que d'emmerdements pour les cinquante cinq dernières!
Guenièvre: (le giflant)…vous l'avez cherché!
Patricio: (en français avec un fort accent) Deux femmes! Voici une coutume normande qui aurait pu éviter quelques désagréments à la Maison Blanche!
Charles le Simple: Nous n'entendons pas remettre en cause vos coutumes mais exigeons que dans ce cas notre fille soit votre First Lady!
Rollon: Je fais serment!
Charles le Simple: C'est Gisla elle même qui va vous remettre la couronne ducale (elle s'exécute)
Le Gd Chambellan: Rollon, vous allez maintenant vous avancer pour baiser les pieds de Charles, notre roi très glorieux.
Rollon: Un chef normand ne saurait baiser les pieds d'un homme fût il roi très glorieux!
Le Gd Chambellan: Le protocole l'exige!
Rollon: Notre coutume m'en défend!
(palabres dans les deux camps… échanges d'ambassadeurs)
Patricio: ( en anglais)Ladies and gentlemen…
John Deer: Qu'est ce qu'y dit?
Fiacre: (traduisant Patricio) Mesdames et Messieurs, le sommet de St Clair sur Epte est en passe de devenir un pré-Camp David! Les négociations semblent dans l'impasse…
Lionel: Ils en font des chichis ces Normands!
Jacques: Surtout qu'il n'est pas si mal que ça le roi glorieux; si ça peut débloquer la situation je suis prêt à me porter volontaire pour le baiser!
Lionel: (jalouse) Jacques, tu m'exaspères!
Patricio et Fiacre; Ah! Il semble qu'un accord soit intervenu.
Le Gd Chambellan: Rollon, Charles notre roi très glorieux accepte qu'un de vos hommes vous supplée et vienne lui baiser les pieds en vos lieu et place!
(un Normand s'avance)
Partricio: (en anglais) Un plénipotentiaire de Rollon s'avance vers le roi Charles le Simple; il est aux pieds du Roi qu'il s'apprête à baiser…
John Deer: Qu'est ce…
Tous les autres: …qu'y dit?
Fiacre: (traduisant) Un plénipotentiaire de Rollon s'avance vers le roi Charles le Simple; il est aux pieds du Roi qu'il s'apprête à baiser…
Le Plénipotentiaire: (se redressant vers Rollon) Un Normand ça ne se met à genoux devant personne!
Rollon: Jamais!
Le Clerc: En ce cas, débrouillez vous… faites au mieux mais qu'on en finisse!
(le plénipotentiaire pivote rapidement, fauchant avec une main les pieds du roi qu'il porte à ses lèvres… le roi bascule et se retrouve "les quatre fers en l'air") (rires dans l'assistance)
Patricio: (en anglais) Image inédite…
Ts les autres: Qu'est ce qu'y dit?
Fiacre: (traduisant le commentaire de Patricio) Image inédite, mesdames et messieurs, d'un roi de France tombé de son trône, les pieds en l'air… (les gardes du corps viennent empêcher la caméra de filmer: "interdit" "pas de ça ici")
Fiacre: (en rap) "Le roi très glorieux Par la clémence de Dieu Est chu comme un gueux!"
Garde du corps: (apercevant Fiacre) Sire, un Sarrasin, un espion… des tas d'espions!
Le Gd Chambellan: Arrêtez les! (course éperdue. Arthur protège la fuite en lançant des fumigènes sur les hommes du Roi)
Richard: Fuyons par l'échelle du temps! (ils ascendent par les perforations de la pellicule)
NOIR SCENE 4
Les héros arrivent du bas de l'échelle, toujours en gravissant les perforations
Fiacre: (essoufflé) Ça doit être ça qu'on appelle surfer sur le Web!
Guenièvre: Arthur, vous avez été parfait avec vos fumigènes!
Lancelot: Nous avons échappé aux hommes de Charles, mais nous sommes toujours à la merci de la Gione!
Richard: Mettez donc votre filet derrière vous; ça la bloquera un peu si elle retrouve notre piste!
Arthur: Je vais même mettre dedans un petit explosif que j'ai ragauché la dernière fois que j'ai fait un stage à Mururoa!… (il met son filet sur l'extrême bord de la scène, côté opposé au dolmen, id est, côté cour)
Le Cardinal: Vous ne croyez pas que si ça arrête la Gione, ça peut être dangereux pour nous aussi!
Arthur: Si ça éclate hic et nunc, avant que les retombées nous rattrapent dans le futur elles auront perdu de leur tonus.
Fiacre: Pour retrouver le chemin de notre futur, il faudrait déjà savoir où nous sommes. (regardant son portable) Ma souris ne répond plus…on est plantés!
John Deer: Pour être dans le Web, on est dans le Web!
Guenièvre: (reniflant et faisant signe à John Deer de s'éloigner) Mais ça sent le cochon! On serait bien en Bretagne!
Le Cardinal: Ils ont réussi à polluer les siècles antérieurs!
Fiacre: Ah! J'ai une image! (apparaît sur la toile le Mt St Michel dessiné comme sur la tapisserie de Bayeux, l'oratoire en plus sommaire)
Lancelot: C'est le Mt Tombe qu'on aperçoit!
Arthur: Le Mont Tombe?
Le Cardinal: Ce qu'on appelle aujourd'hui le Mont St Michel, jadis qualifié d'au péril de la Mer!
Guenièvre: Mais c'est merveilleux…
Arthur: Nous sommes arrivés…
Fiacre: par quel miracle sommes nous donc dans la baie?
Lancelot: Mais pas à la bonne époque! (bruit de cheval au galop; un messager, Toustain (un cœur vert sur la poitrine), perfore l'écran et s'adresse aux héros)
Toustain: Pouvez vous, nobles gens, me dire où se trouve le duc Guillaume?
Richard: Lequel?
Toustain: Il n'y en a qu'un à ma connaissance, le duc Guillaume Longue Epée. Je devais le retrouver ici, au point gamma, pour lui conter notre combat.
Guenièvre: (à Lancelot, en aparté) Lui a un cœur vert!
Lancelot: Sûrement quelqu'un sur lequel la Gione a jeté son dévolu sans l'avoir encore fait prisonnier à l'instant où nous sommes.
(arrive Guillaume Longue Epée, couronne ducale sur la tête, accompagné de son bouffon qui joue de la musique country)
Toustain: Ah! Duc, je te cherchais! (il déploie son "prompteur" pour faire son récit)
Richard: On m'avait bien dit que la ressemblance avec sa mère était frappante!
Guenièvre: Mais il ne ressemble en rien à Gisla!
Lancelot: Evidemment! Il est le fils de Pope et non point de Gisla! Pope a assuré à Rollon une descendance pour la pérennité du Duché, mais aussi l'extension de celui-ci vers l'Ouest.
Patricio: Si je comprends bien, la Normandie c'est un peu comme nos States: elle s'est affirmée par la conquête de l'Ouest!
Lancelot: Dès 924, Rollon a obtenu que la frontière occidentale intègre le Hièmois et le Bessin.
Le Cardinal: Le Hièmois et le Bessin?
Richard: Deux de mes comtés ayant pour capitale Exmes et Bayeux.
Patricio: Exmes! I Know; c'est une petite bourg à côté de le Haras de le Pine!
Lionel: Oh, Jacquou! (gloussant) le haras de le Pine! C'est drôle, non?
Jacquou: Mais oui, mon Pluriel! Très drôle! Il faudra qu'on aille voir!
Guillaume L.Epée: Alors, Toustain! Cette année 933 sera - t - elle celle de mon accomplissement? Me rapportes - tu de bonnes nouvelles?
Toustain: Jamais meilleures nouvelles ne furent communiquées Au Grand Duc justement appelé Longue Epée!
Fiacre: Plutôt que de garder le prénom de Toustain, Il eût du préférer celui d'Alexandrin!
Guillaume L.Epée: Fi des civilités, contes nous l'essentiel!
Toustain: Considères toi, céans, gardien de St Michel! Dès l'accord de Raoul, bien pâle suzerain, Nos troupes quittent Carrouges pour prendre le Cotentin. Surpris par la soudaineté de nos attaques Plus que dans mille ans par les rigueurs de la Pac, Les Bretons abandonnent la cité de Mortain Pour se réorganiser en plein Avranchin. Subodorant le piège, ton compagnon Tosny Suivant en cette affaire les conseils de Monty…
Guillaume L.Epée: Monty dis-tu?
Toustain: Monty! Voilà par quel surnom Chevaliers et guerriers qui combattent en ton nom Appellent ce grand stratège qu'est Messire Montgommery!
Guillaume L.Epée: Eh bien, Monty, puisqu'il faut l'appeler ainsi, Qu'a - t-il conseillé à Tosny de si notoire?
Toustain: Plutôt que de courir sur les pas de Méloir, Qui cherchait dans le Holm à le faire s'engluer, Monty dit à Tosny de feindre et l'ignorer; Abandonnant Mortain, nos hommes poussent vers le Nord, Laissant croire aux Bretons qu'ils vont vers St Vigor. Juhel et Rueloc, abusés par cette feinte Contre attaquent vers Mortain et occupent l'enceinte. Les ayant dans son piège, sur l'arrière des Bretons Tosny fait s'engouffrer toute l'armée de Patton. C'est là manœuvre éclair, si subtile et si franche Que l'histoire retiendra cette percée d'Avranches!
Guillaume L.Epée: Puisse telle déroute infligée aux Bretons Inciter à prudence François, Anglois, Teutons!
Arthur: L'histoire est un éternel recommencement!
Le Cardinal: Mais la folie des hommes gomme son enseignement!
Toustain: Victimes de cette manœuvre qui, sûr, fera école Dans deux mille ans encore, les hommes du Comte de Dol, Les rares survivants de cet encerclement, Font retraite en désordre puis, dans l'affolement, Franchissent cette rivière que l'on nomme le Couesnon Et les Normands, vainqueurs, investissent le Mont!
Guillaume L. Epée: Je saurai le garder de tout voisin gourmand, J'en ferai un joyau et il sera Normand!
John Deer: Mais on dit que c'est le Couesnon en sa folie Qui par son cours a mis le Mont en Normandie!
Guillaume L.Epée: Foutaises d'homme de lettres, le Mont est bien Normand Et ce, pour toujours, je m'en porte garant!
Richard: (dégainant son épée) J'en fais aussi serment! En aucune façon Nous ne le souffrirons au péril du cochon!
Arthur: D'ici qu'il y ait des casques bleus sur le Couesnon…
John Deer: Vous savez c'qu'y vous disent les cochons…
Richard: (levant son épée et chargeant) Normands, à moi!
(John Deer s'échappe par l'échelle)
Guenièvre: (courant pour les calmer) Il faut arrêter l'escalade! (tous suivent et grimpent à l'échelle)
NOIR
SCENE 5
(sur scène, une grande botte de foin dans laquelle sont cachés John Deer et Richard Ier) (arrive "d'en bas" la troupe des poursuivants de John Deer)
Patricio: Où peut-il être passé?
Lancelot: dans ce labyrinthe…autant chercher une aiguille dans une botte de foin!
Lionel: Justement en voilà une! Comme c'est drôle…tu ne trouves pas mon Jacquou?
Jacques: Mais si mon Pluriel !
Guenièvre: Le pire c'est qu'il va finir par nous perdre!
Arthur: Très chère, vous oubliez que nous sommes déjà perdus!
Fiacre: Je vais essayer de nous situer (il fait la mise au point sur son portable; apparaît la silhouette de Pegasus Bridge)
Le Cardinal: Un Pont! Si on allait voir de l'autre côté? (ils se dirigent vers l'image du pont et disparaissent de la scène) (la botte de foin s'ouvre)
Richard Ier: (asphyxié) à l'avenir, trouvez vous une autre botte de foin…cette odeur de cochon est insupportable!
John Deer: Cochonel N°5 s'il vous plait! Et puis si vous n'êtes pas content, vous pouvez aller voir plus loin!
Richard Ier: Je ne demande que ça, mais pour franchir l'Orne, il faut passer le pont!
John Deer: Et alors?
Richard Ier: Il y a les Alemans; c'est à cause d'eux que je suis sous la botte!
John Deer: des Alemans?
Richard Ier: une peuplade qui vient de Germanie et s'est implantée sur les bords de cette rivière quand ma Normandie n'était encore que la Neustrie.
John Deer: votre Normandie? Comme si elle était à vous!
Richard Ier: Mais je suis son Duc…Richard Ier!
John Deer: Et moi je suis le Pape! Un duc dans une botte de foin…et vous croyez que je vais avaler ça?
Richard Ier: C'est le seul moyen que j'ai trouvé pour m'échapper de Laon où Louis IV d'Outre- mer, le roi de France, me retenait prisonnier depuis l'assassinat de mon père Guillaume Longue Epée.
John Deer: Vous êtes le fils de Guillaume Longue Epée?
Richard Ier: et de sa frilla …ma mère était bretonne.
John Deer: Moi aussi je suis breton… on est peut-être cousins?
Richard Ier: Je ne saurais vous dire; ma mère n'a pas eu le temps de m'instruire sur sa famille; j'avais à peine 10 ans lorsqu'on m'enlevât à elle, à peine mon père assassiné…
John Deer: par qui?
Richard Ier: Arnould de Flandres, le 17 décembre 942, à Picquigny sur la Somme; l'entrevue à laquelle ce fourbe l'avait convié n'était qu'un guet-apens; sous prétexte de me protéger, mon suzerain le roi de France m'a éloigné des miens et retenu à Laon.
John Deer: Maintenant, il a du en mettre du monde à vous trousses!
Richard Ier: Heureusement que dans mon échappée je suis aidé par quelques fidèles et par ma frilla Gonnor, sinon je n'arriverai jamais à rallier St Lo… J'espère y rassembler mes vassaux et partir de là à la reconquête de mon duché. (voix en coulisses: "par ici")
Richard Ier: On vient! Cachons nous! (ils se remettent sous la botte… Richard Ier se met un mouchoir sur le nez pour filtrer les odeurs) (arrivent Gonnor et trois normands déguisés en paysans; l'un d'eux a une cornemuse; Gonnor s'approche de la botte; avec une casserole, elle joue l'indicatif de la BBC)
Ier Normand: Les Normands parlent aux Normands.
2ème Normand: La pression est atmosphérique.
3ème Normand: Le chacal n'aime pas la confiture…je répète… le chacal n'aime pas la confiture.
Gonnor: les sanglots longs des violons de l'automne…
Richard Ier: (sortant de la botte et enlaçant Gonnor)…blessent mon cœur d'une langueur monotone.
Gonnor: (apercevant John Deer) Qui c'est celui là? Il est tombé du ciel?
Richard Ier: Un parachuté d'outre temps! Alors ça se présente comment?
Gonnor: Les Alemans contrôlent le pont… en amont les riverains leur sont hostiles et nous sont acquis mais il n'y a pas de gué…
Richard Ier: Il y a peut être un gué à l'opposé…
Gonnor: Oui, mais l'aval collabore!
John Deer: Vos Alemans là, y n'sont qu'deux; y a qu'à faire une opération "coup de poing"!
Gonnor: J'ai une meilleure idée; nous allons mettre cette botte de foin sur ces bois…(s'adressant à John Deer) Vous allez nous aider; vous c'est le ciel qui vous envoie, vous êtes la Providence!
Richard Ier: En tout cas, elle a une drôle d'odeur la Providence!
John Deer: Pas La Providence! Le Gonidec! Mais on m'appelle John Deer! Dear pour les dames!
Gonnor: Mettez vous dans les brancards; vous allez remplacer le cheval…un cheval tombé du ciel! (à Richard) et vous, Messire, disparaissez sous la botte!
Richard Ier: Tu veux forcer le passage?
Gonnor: Faites moi confiance, tout ira bien. (Richard disparaît sous la botte et Gonnor se dénude quelque peu) (à John Deer) Allez, hue, Pegase! (ils s'avancent vers l'image du pont, l'un des Normands jouant avec sa cornemuse "j'irai revoir ma Normandie"; les Alemans viennent à leur rencontre) 1er Aleman: Halt! Verboten!
Gonnor: Mais nous ramassons notre fourrage
2ème Aleman: Papiers! Ausweiss! (Gonnor, en sortant ses papiers les fait tomber et en se baissant pour les ramasser offre une échancrure au 2ème Aleman qui les ausculte en la lorgnant, à l'instar du 1er Aleman qui fait le tour du brancard en sondant la botte de foin avec son arme) (dialogue inaudible entre les 2 Alemans)
1er Aleman: (faisant signe de passer) Raus! Schnell! (les Alemans sortent) (on entend en coulisses la voix de Guenièvre : "il n'est pas par là" Arthur: "il faut revenir sur l'autre rive")
John Deer: (les entendant fausse compagnie à Richard et consorts) Les revoilà qui débarquent! Continuez sans moi! J'remonte d'un cran! Bonne chance! (il monte à l'échelle)
Le Cardinal: (apparaissant au fond de la scène) Et si on sondait le gué?
Lionel: (gloussant) Tu entends, Jacquou? Le cardinal qui veut sonder le Gay! Drôle, Non?
Jacques: Très drôle, mon Pluriel! Surtout qu'il est pas mal le Cardinal!
Lionel: Toi, je te vois venir…je te connais…tu serais prêt à t'abandonner au parti de la soutane!
Guenièvre: Je vous en prie, restez polis! (la cornemuse joue "oh gay, vive la rose"!)
NOIR
SCENE 6
Une carrière de pierre de Caen; un tailleur (profil à "la Jouvet") fait des arcs "plein cintre"; les héros arrivent.
Fiacre: Ça, ça ferait un beau décor pour jouer les tragédies grecques.
Guenièvre: Notre tragédie, elle est plutôt bretonne! Où a-t-il pu aller?
Lancelot: (au tailleur de pierre) Dites moi, mon brave, vous n'avez pas vu passer un homme…bizarre?
Le Tailleur: Bizarre…vous avez dit …bizarre? Vous en connaissez qui ne sont pas bizarres, vous?
Arthur: Si vous ne l'avez pas vu, vous l'avez peut être senti! (geste évasif du tailleur)
Le Cardinal: Nous allons être obligés de l'abandonner…en espérant pour lui que la Gione finisse par se convertir à l'Islam!
Patricio: Pourquoi cela?
Le Cardinal: Vu comme il sent le cochon, elle n'y touchera pas!
Fiacre: J'ai une idée; (au tailleur) je peux faire un tag sur votre mur?
Le Tailleur: Un quoi?
Fiacre: Peindre un avis de recherche.
Le Tailleur: Aucun problème, mais ce sera deux livres pour le droit d'affichage. (Fiacre commence à tagger)
Patricio: Ce que vous taillez là, c'est du néo-roman!
Le Tailleur: C'est du Normand, Monsieur!
Arthur: Vous les amerlocs, on voit bien que vous n'avez pas d'histoire; vous n'connaissez que le Néo!
Jacques: Néo-port, Néo-jersey, Néo-york…
Lionel: J'en connais un autre nez au…je leur dis, Jacquou?
Le Cardinal: (vivement) On vous en dispense! Admirez plutôt ces formes harmonieuses dont le génie Normand a gratifié l'Occident!
Lancelot: et à quel sanctuaire destinez vous ces pierres?
Le Tailleur: A l'église de Tournedos.
Jacques: Tournedos…en voilà un drôle de nom! Pas vrai, mon Pluriel?
Lionel: C'est là bas que tu aurais dû m'emmener en voyage de Pacs, mon Jacquou!
Le Tailleur: Ça s'appelle Tournedos depuis que Richard Ier, le père de notre duc Richard II y a passé sa nuit de noces avec Gonnor son ex-frilla qu'il a épousée après le décès d'Emma sa femme légitime.
Le Cardinal: et mère du duc actuel!
Le Tailleur: Non! Richard II est le fils de Gonnor!
Arthur: Vos ducs sont bâtards de pères en fils!
Le Tailleur: Sachez que chez nous la bâtardise n'est pas une tare! Les enfants bâtards ou adultérins participent de plein droit à l'héritage du père!
Guenièvre: Et alors, pourquoi Tournedos?
Le Tailleur: Tant que Gonnor a été la frilla de Richard, ce fut un modèle de docilité, mais du jour même où le duc l'a épousée, elle s'est révélée maîtresse et autoritaire, allant jusqu'à repousser le soir même des noces les avances de son seigneur et maître!
Arthur: …et maître, façon de parler!
Le Tailleur: et depuis le village porte le nom de Tournedos!
Le Cardinal: Le destin des lieux est, comme celui des hommes, souvent livré au hasard!
Arthur: C'est un casino!
Lionel: Une affaire de boules!
Jacques: Oh! Une affaire de boules! Tu es très drôle, mon Pluriel!
Lancelot: Vos affaires ont l'air très prospères!
Le Tailleur: Nous sommes à deux ans de l'an mil! Craignant la fin du monde que beaucoup prédisent, le duc Richard II, poursuit la grande politique de reconstruction d'églises, de monastères que son père a lancée il y a quelques années.
Lancelot: Il est vrai que, pour eux, se présenter devant l'Eternel avec des ancêtres vikings qui ont dévasté tous les sanctuaires de ce duché, c'eût été un lourd passif!
Guenièvre: Situation bien inconfortable, il est vrai!
Le Cardinal: Et c'est dans cette frénésie de reconstruction qu'a pris naissance ce style normand!
Lancelot: (au tailleur) Croyez moi, il fera école!
Fiacre : (montrant son œuvre) Voilà, avec cet avis de recherche, on a peut être des chances de le retrouver, notre chasseur de primes! (on découvre alors l'affiche "à l'américaine": Wanted, avec dessin-portrait de John Deer et 10 000 $ de récompense)
Le Cardinal: et votre pierre, elle vient d'où?
Le Tailleur: C'est de la pierre de Caen…on dit de Caen, mais celle ci vient d'à côté de Falaise!
Guenièvre: Oh! Choubaby! Le berceau de vos ancêtres, les de la Poche de Falaise (au tailleur) c'est loin?
Le Tailleur: Non! A quelques lieues au sud!
Guenièvre: Allons voir comment c'était votre berceau, Choubaby (elle sort par l'échelle)
Lionel et Jacques: Oh, oui, Choubaby! (tous la suivent)
Arthur: (sortant le dernier) Qu'est ce qu'elle peut m'énerver avec son Choubaby!
(apparaît John Deer se cachant de pilier en pilier, de façon à n'être pas vu du tailleur; il tombe sur l'affiche)
John Deer: Ça alors… Ils me recherchent par affiches! Oh mais y a une prime! Faut pas laisser passer une aubaine pareille! (au tailleur) Vous n'avez pas vu passer des touristes par là?
Le Tailleur: Non, j'ai vu des pèlerins qui sont partis par là…ils cherchaient… mais attendez voir…(il va pour consulter l'affiche et vérifier) (John Deer l'assomme avec une masse)
John Deer: J'vais sûrement pas laisser le soin à un autre de m'dénoncer pour qu'il touche la prime à ma place! (il sort sur les pas des autres) Oh, Oh, je suis là!…
SCENE 7
(Arlette, Godehilde, Bérengère et Turuvise, quatre lavandières dans leur carrosse au pied du donjon de Falaise où se trouve le Duc Robert)
Nos héros sont en liquette, "défroqués": le Cardinal en caleçon pourpre, le général en caleçon vert armée avec les décorations sur la poitrine, Patricio bardé d'autocollants et de pubs à la manière d'un homme-sandwich, les homos en string; ils font laver leurs habits.
Patricio: Heureusement que juste à l'entrée de Falaise nous avons trouvé ce petit pressing parce que nos vêtements allaient bientôt tenir debout tout seuls!
Lionel: et en plus tu commençais à sentir le cochon mon Jacquou!
Jacques: Ça n'est pas pour te déplaire mon Pluriel, mon cochonnou!
Fiacre: Vous avez vu? On dirait que celui qui reluque depuis le donjon il porte la couronne ducale!
Godehilde: Pour sûr que c'est la couronne ducale puisque c'est le Duc Robert en personne!
Turuvise: …le diable en personne, oui!
Richard: Mais c'est mon arrière - arrière - arrière grand père! Je ne vous autorise pas (il va pour dégainer, les autres l'arrêtent)
Bérangère: Ceux qui, comme Turuvise, ne l'aiment pas l'appellent le diable mais lui se fait appeler le Magnifique!
Guenièvre: Il faut avouer qu'il est plutôt bel homme!
Turuvise: Une gueule d'ange … avec du sang sur les mains!
Godehilde: Voyons, Turuvise! Tu sais bien que ce sont des racontars!
Turuvise: Moi, j'vous dis qu'il l'a empoisonné son frère!
Fiacre: Il a empoisonné son frère? Mais c'est Shakespearien ça!
Turuvise: Parfaitement, le pauvre Richard III !
Bérengère: A la mort du duc Richard II, le frère aîné de Robert est devenu le duc Richard III !
Turuvise: Fou de jalousie qu'il en était le cadet! Parlez, pour un ambitieux comme lui, il n'était que comte d'Exmes!
Lionel: Ah! On connaît maintenant; à côté de (avec l'accent américain pour singer Patricio) le haras de le Pine!
Arthur: C'est sûr que pour quelqu'un d'ambitieux … comte d'Exmes… sur la carte de visite dans le XVIème ou à Neuilly…
Patricio: …c'est pas le must!
Turuvise: Falaise ça faisait déjà mieux! Sans rien demander à son frère…il s'est installé là… presque comme un duc…
Godehilde: Nous n'avons pas eu à nous plaindre… il a bien aménagé notre ville!
Turuvise: Mais pas assez renforcée ! Quand son frère est venu mettre le siège … il a bien été obligé de s'incliner!
Lionel: Il s'est couché?
Bérangère: Il y a eu une réconciliation entre les deux frères à l'occasion d'un banquet!
Turuvise: Et le diable en a profité pour empoisonner le pauvre Richard!
Godehilde: …qui n'a été duc qu'un an!
Turuvise: et aussitôt, le diable s'est autoproclamé duc de Normandie!
Bérangère: Et maintenant, il cherche à assurer sa descendance…(regardant Arlette) pas vrai, Arlette?
Arlette: (rougissant) Qu'est-ce que vous allez imaginer?
Turuvise: Comme s'il n'avait rien d'autre à faire; depuis huit jours il est posté en haut…à reluquer!
Arthur: Il a bon goût! Il y a des perspectives appétissantes!
Guenièvre: Arthur! Ne venez pas me reparler de maléfice!
Lancelot: Regardez, il fait signe!
Robert: (voix lointaine) Gente damoiselle, comment t'appelle-t-on?
Godehilde: Alors, Arlette, qu'est-ce qu'on disait?
Bérangère: Eh bien, réponds lui!
Arlette: (se levant pour le saluer) Moi, Monseigneur? Arlette! Arlette Foubert, pour vous servir, Monseigneur.
Robert: Comme tu es jolie! Et comme cette gorge resplendit quand tu salues!
Fiacre: Il sait causer aux meufs l'arrière arrière arrière grand père!
Robert: J'aimerais t'avoir à ma table ce soir, belle Arlette!
Turuvise: Oh, là là! Ça commence par la table et puis…
Arlette: Mais, Monseigneur, je ne sais si mon père…
Robert: Ton père oserait aller à l'encontre du bon vouloir de son duc?
Arlette: Non, Monseigneur, mais…
Godehilde: …une invitation pareille avec un aussi joli duc, ça ne se refuse pas; ça me serait arrivé autrefois, moi, je n'aurais pas couché dans la baignoire!
Robert: Alors?
Arlette: Soit! Monseigneur, où et à quelle heure dois-je me rendre?
Robert: Je te retrouverai à la nuit tombée à la petite porte à l'est de ce donjon.
Turuvise: …de nuit, par la petite porte? Pas question…(à Robert) vous n'y pensez pas! De nuit, par la petite porte… vous voulez la perdre… il y a trop à craindre pour sa vertu; elle viendra par la grande porte, juchée sur un palefroi… au vu et au su de tous (se retournant) faut savoir ce qu'on veut dans la vie!
Robert: Eh bien, soit! Par la grande porte, sur ton palefroi…
Arthur: Décidément, quand on est amoureux, qu'est ce qu'on peut faire comme concessions!
Robert: Tu me ravis, Arlette! Nous ferons bonne chère puis s'offrira à nous une nuit d'amour sans fin!
Arthur: …sans fin, ça…en amour c'est comme en politique, on promet toujours beaucoup plus qu'on ne peut tenir!
Guenièvre: Enfin une remarque sensée, Choubaby! Il est vrai que vous parlez d'expérience!
Robert: (se retirant) A tout à l'heure, ma belle!
Arlette: (se penchant à nouveau pour saluer) A tout à l'heure, Monseigneur!
Patricio: Avec un décolleté comme ça, elle avait cinq oscars à Hollywood!
(arrive John Deer)
John Deer: Eh! Pour la prime, si j' me livre, vous me les donnez les 10 000 dollars?
Bérengère: Mais qu'est ce que ça sent le cochon! Une infection!
Tous les héros; A la lessive, comme tout le monde!
John Deer: (s'enfuyant par l'échelle) Ah non, pas dans l'eau, y a trop de nitrates!
Fiacre, Lancelot…: (partant avec les autres à sa poursuite) …la faute à qui?
Noir
Lancelot: (à l'avant scène, seul éclairé) Et Robert connut Arlette… sur le terme de cette nuit d'amour elle fit un songe… et vit sortir de ses entrailles un immense chêne dont l'ombre allait couvrir toute la Normandie… ce chêne devait naître neuf mois plus tard, se prénommer Guillaume…(invitant le public à compléter) Guillaume…
Le Public: …le Conquérant!
Lancelot: …Le Bâtard!
Noir
ENTRACTE
ACTE 3
SCENE 1
(Plateau de "tournage"; les vétérans de la bataille du "Pommier gris" assistent au "tournage" du film de leurs exploits: Achard de la Tour, Fitz Osbern, Eustache de Boulogne, Gautier Giffard, Hughes de Montfort, Roger de Montgommery, Robert de Beaumont; ils sont assis face à la salle; sur le côté, des femmes brodent une grande tapisserie)
Achard: Attention! Silence! On brode!
Le Clap: Hastings 10 - 14ème! (clap)
Achard: Action! (les femmes se mettent à broder à toute vitesse)
Fitz Osbern: (regardant les spectateurs) Là, la production n' a pas lésiné… y a de la figuration!
Gautier Giffard: Il faut quand même essayer de donner une idée de l'importance des deux armées.
Hughes de Montfort: Noir qu'il était le champ du Pommier gris!
Eustache de Boulogne: Noir de monde le matin, mais rouge de sang le soir!
Roger de Mtgmmery: Odon de Conteville a eu une bonne idée de produire cette fresque de la vie de Guillaume!
Robert de Beaumont: Regardez! Il n'est pas mal celui qui fait Harold!
Eustache: …Oui! Dans pas longtemps il devrait faire un beau mort!
(John Deer arrive du fond de la salle, cherchant à se protéger de lances et flèches imaginaires)
Achard: (hors de lui) Coupez! (les brodeuses s'arrêtent) mais qu'est ce que c'est que cet intrus! On avait dit une reconstitution fidèle… vous parlez d'un costume! (s'adressant à la salle) les morts, ne bougez pas… tout le monde reste allongé à sa place…comment voulez vous qu'on raccorde après!…(John Deer, arrivé sur le devant de la scène, fait le mort, mais il est ceinturé par deux hommes de la production) Bon! On reprend au moment où Guillaume lève son casque pour être reconnu des siens. Tout le monde est en place? Silence.
Le Clap: Hastings 10 - 15ème ! (clap)
Hughes: Eustache, il n'est pas mal non plus celui qui interprète ton personnage!
Roger de Mtgmmery: Tu risques de passer dans l'histoire pour l'homme le plus séduisant du millénaire!
Eustache: Tu parles, il vient à peine de commencer!
FitzOsbern: (riant) On en reparlera dans 934 ans!
Gautier : Et comment s'appelle ton double là?
Eustache: Connery, je crois!
Achard: (s'adressant à la figuration) Allez-y maintenant les archers, lancez vos flèches! (un cri dans la salle…Lionel est touché) Coupez! Qu'est ce que c'est encore que ça?
Lionel: Aïe! Jacquou, à moi! Je meurs! (les héros conduisent Lionel sur scène…il a une flèche dans l'arrière train!)
Achard: Bon! Ça va pour aujourd'hui! On reprend demain matin (les brodeuses plient le bout de toile sur lequel elles brodaient)(s'adressant à Lionel)Mais qu'est ce qui vous a pris d'aller vous jeter sur Harold au moment où on le visait?
Lionel: Il est si beau, pas vrai mon Jacquou!
Arthur: Avec ces centaines de flèches qui volaient, rien de surprenant qu'il y en ait une qui ce soit logée là! C'est plus un arrière train qu'il a, c'est un aimant!
Jacquou: Tu vois, mon Pluriel, tu es encore victime des flèches de Cupidon!
Fiacre: Cupidon, il a la vue qu'a drôlement baissé!
Arthur: Avec l'age, il devient presbyte!
Jacquou: (gloussant) Oh! Cupidon presbyte! Tu entends ça, mon Pluriel!
Achard: Eh bien voilà le gros plan qu'on cherchait pour la scène de la fessée!
Eustache: Il faut d'abord enlever la flèche!
Gautier: Qu'on le transporte à l'infirmerie! (Richard Cœur de Lion, Montgommery, Fiacre le transportent accompagnés de Jacquou qui le console)
John Deer: Dites, du Gros Plant… j'ai un cousin qu'en fait à côté d'Nantes, j'pourrais vous en avoir à pas cher!
Lancelot: Vous ici! Pour fournir du Gros Plant il faudrait d'abord trouver la sortie de cette toile…vous feriez mieux de continuer à la chercher plutôt que de rester ici à la merci du Duc Richard…et si vous trouvez revenez me prévenir. (aux gardes) Laissez le, je me porte garant de lui (les gardes le relâchent)
John Deer: Mais la prime, vous me la réservez, hein! C'est moi qui m'a r'trouvé!
Lancelot: Ne vous faites pas de souci.
Le Cardinal: Elle sera arrivée sur votre compte au Crédit Agricole avant même que vous soyez de retour parmi ceux qui vous sont chers!
John Deer: (sortant) Eh bien, justement, en ce moment ils sont pas chers les cochons!
Guenièvre: (à Achard)C'est une reconstitution que vous faites?
Achard: Une superproduction devriez vous dire! Sur l'épopée de notre Duc Roi!
Fitz Osbern: Commandée et financée par Odon de Conteville son demi-frère et évêque de Bayeux.
Hughes: C'est pour ça qu'on le voit souvent à son avantage dans les images!
Robert: On croirait presque qu'il l'a faite à lui tout seul la conquête de l'Angleterre!
Achard: Tout scénariste est bien obligé de tenir compte des exigences de celui qui finance! (présentant les vétérans) Ces messieurs sont des vétérans de la bataille d'Hastings qui me servent de conseillers techniques.
Lancelot: Et ces images, quand pourra-t-on les voir?
Eustache: En principe, dans dix huit mois lors de l'inauguration de la nouvelle cathédrale qu'Odon se fait bâtir à Bayeux.
Achard: Mais on peut vous montrer les rushes si ça vous intéresse. (il va chercher des bouts de broderie sur papier)
Guenièvre: Volontiers!
Achard: Ça n'est pas dans l'ordre chronologique car nous profitons de l'été pour broder les scènes d'extérieur… les scènes d'intérieur seront brodées en studio l'hiver prochain.
Le Cardinal: Mais sur cette séquence, ce n'est pas Guillaume! Je crois reconnaître son père, Robert le Magnifique! Sur quel rivage aborde-t-il avec ses vaisseaux?
Fitz Osbern: En Bretagne! On reconnaît mon père qui était de l'expédition.
Arthur: Il a débarqué en Bretagne?
Gautier: Sa véritable destination était l'Angleterre!
Hughes: Il voulait rétablir dans ses droits son cousin Edouard le Confesseur, renié par sa propre mère…
Robert: La tante Emma…sœur du père de Robert, le duc Richard II.
Le Cardinal: Et pourquoi l'a-t-elle banni?
Eustache: Ce siècle avait deux ans… Lancelot: …et le millénaire aussi!
Eustache: en 1002 donc, Emma avait épousé Ethelred le roi d'Angleterre.
Fitz Osbern: à qui elle donna deux fils…Alfred…
Gautier: empoisonné plus tard par Godwin, le père de Harold…
Hughes: On dit que c'était un poison à base de trion qui avait d'abord été testé sur des vaches!
Fitz Osbern: Quant à Edouard, l'autre fils il trouva refuge pendant trente ans à la cour ducale de Rouen.
Robert: Espérant remettre Edouard sur le trône anglais, Robert rassembla une flotte et hissa les voiles malgré une météo défavorable...
Fitz Osbern: Mon père m'a raconté… ce fut l'enfer, une journée du diable, a Devill's day…les vents étaient de Nord Est…
Hughes: Et au soir de ce D.Day, les navires étaient à Jersey!
Patricio: Une petite erreur de cap!
Eustache: Pendant des semaines ils attendirent des vents favorables… En vain!
Gautier: Il fallut songer à rentrer… On ne peut pas laisser trop longtemps sa maisonnée!
Arthur: sinon gare au rouleau à pâtisserie au retour!
Patricio: ou aux cornes!
Fitz Osbern: Pour des guerriers, il était aussi impensable de rentrer sans avoir un combat et des exploits à rapporter!
Hughes: Robert fit hisser les voiles et partit se battre là où les vents voulurent bien le conduire!…
Robert: Et où les vents du Nord les ont-ils conduits?
Arthur,Guenièvre: …en Bretagne!
Robert: vous avez tout compris!
Arthur: Le flair militaire!
Gautier: On leur en a mis une pâtée aux Bretons!…
Le Cardinal: …qui n'y étaient pour rien!
Eustache: Mais ça soulage! Et puis ça permettait de rentrer la tête haute! Fitz Osbern: Et Guillaume s'est souvenu de la mésaventure de son père; avant de s'engager dans la traversée de la Manche, il a attendu que les vents soufflent Sud Nord!
Robert: Nous aussi, on est allés avec Guillaume les frictionner les Bretons!
Eusatche: Quand Harold est venu mettre au point les modalités de la succession d'Edouard…
Gautier: Achard nous a fait une très belle reconstitution de la prise de Dinan!
Achard: Vous comprenez pourquoi notre évocation commence avant Guillaume… On ne peut comprendre son épopée qu'au travers de l'expérience de son père!
Hughes: Qu'il n'a pourtant que peu connu… il n'avait que sept ans quand son père est mort à Nicée.
Gautier: Au retour d'un pèlerinage à Jérusalem!
Le Cardinal: Avec tous les péchés qu'il lui fallait expier!
Achard: Nous avons d'ailleurs brodé deux scènes: le passage à Constantinople…
Eustache: Là, il a vraiment fait honneur à son vocable de "Magnifique"!
Hughes: Avant d'entrer dans la ville, il a fait ferrer ses chevaux et mules avec des fers en or!
Patricio: en or?
Robert: Suffisamment mal brochés pour que chevaux et mules perdent leurs fers en traversant la ville…
Fitz Osbern: …et que les habitants, ébahis, constatent que les Normands ferrent leurs chevaux avec de l'or!
Patricio: Il avait le sens de la mise en scène!
Achard: (montrant une autre séquence) On a d'ailleurs reconstitué une très belle scène sur sa mort! (décrivant la scène) Il est malade, agonisant, porté sur une civière par quatre esclaves noirs… on espère le ramener en Normandie… Il rencontre Néel, parti du Cotentin, et qui se rendait lui aussi à Jérusalem…
Arthur: C'était les Baléares de l'époque!
Achard: …ils se croisent…et Robert se soulève péniblement pour lui dire…
Hughes: …"l'ami, si tu rentres au pays, tu diras que tu as vu le Duc Robert porté en Paradis par quatre diables!"
Le Cardinal: Il a eu le sens de la formule jusqu'au bout!
Achard: (enthousiaste) Cette scène là, on l'a brodée en noir et blanc, en jouant sur les contrastes…un bijou! (retour de Fiacre sur scène)
Lancelot: ( à Fiacre) Alors?
Fiacre: La flèche a été retirée… maintenant on est en train de lui mettre de la poudre de Sympathie sur l'arrière train…
Arthur: …déjà qu'il l'avait accueillant!
Guenièvre: (prenant une autre broderie) Encore une scène de bataille!…
Achard: C'est celle du Val es Dunes, entre l'Orne et la Dives, en 1047, douze ans après la mort de Robert.
Fitz Osbern: C'est cette bataille qui a permis à Guillaume de mater tous les rebelles qui s'étaient soulevés contre lui à la mort de son père!
Hughes: Pensez, un enfant duc d'à peine 8 ans! Tous les vassaux ont essayé de s'émanciper!
Eustache: Il lui a fallu douze ans au petit bâtard pour rétablir l'autorité!
Achard: La séquence du Val es Dunes, c'est l'une des plus terribles, criante de vérité… on s'est inspiré des imagiers qui étaient au cœur de l'affrontement, des images terribles…
Fitz Osbern: … et des récits tragiques: "Ils en ont tant culbuté dans l'Orne, tant tué et tant noyé que les moulins de Bourbillon en ont eu leurs biefs obstrués!"
Guenièvre: Que de violence dans votre évocation!
Achard: Mais il y aura des scènes plus tendres… la fessée, par exemple!
Guenièvre: Parce que pour vous la fessée est une expression de la tendresse?
Arthur: Vous voyez, très chère, vous qui ne cessez de me reprocher mes manières brutales!
Le Cardinal: Qu'est ce que c'est que cette histoire de fessée?
Gautier: Deux ans après la bataille de Val es Dunes, en 1049, Guillaume a songé à prendre femme…
Robert: …en consultant les chroniques spécialisées dans les potins sur les grands de ce monde, il découvre qu'une jeune princesse, encore célibataire, défrayait la chronique en tentant une carrière de trouvère…
Patricio: …elle vivait sur un rocher?
Eustache: Non! C'était ma voisine, Mathilde de Flandres! Gautier: Guillaume envoie des ambassadeurs pour faire part des espérances d'hyménée qui sont les siennes…
Hughes: …et cette mijaurée de Mathilde…
Fitz Osbern: Comment oses tu parler ainsi de la Reine?
Hughes: A l'époque, elle avait la grosse tête!
Fiacre: Une pétasse, quoi! Y en a plein dans l'show-bizz!
Hughes: Elle a répondu à l'entremetteur: "Plutôt prendre le voile que me donner à un bâtard!"
Robert: Sitôt informé, Guillaume, rouge de colère, prend un cheval et à grand galop monte jusqu'à Lille… Arrivé au château comtal, il débusque la mijaurée, la saisit par les cheveux, la renverse et lui administre la plus magistrale fessée que l'Histoire gardera en mémoire…
Arthur: En voilà un homme qui savait parler aux femmes!
Guenièvre: Avisez-vous d'en faire autant, vous pourriez avoir en écho mon pied où je pense!
Fiacre: Autre temps, autres mœurs!
Eustache: Subjuguée qu'elle fut la Mathilde!
Fitz Osbern: Et nous fûmes à noces!
Patricio: C'est dommage qu'ils aient déjà traité le sujet… C'aurait fait un tabac aux States! Faudrait qu'on en fasse un remake.
Le Cardinal: Encore un néo!
Arthur: C'est sûr qu'à l'époque, vous vous n'aviez que des mariages de peaux-rouges!
Fiacre: Pas de quoi faire rêver les Scarlett!
Lancelot: Avec ces noces de Guillaume et Mathilde, tout était donc pour le mieux dans le meilleur des mondes normands!
Achard: Sauf que…
Lancelot: …sauf que?
Achard: Le pape les excommunia… vu qu'il avait découvert un lointain cousinage…
Gautier: … et pour lever l'excommunication il a exigé que Mathilde fasse construire à ses frais une abbaye pour moniales à l'est de Bourg le Duc….
Le Cardinal: Bourg le Duc? Hughes: C'était le petit bourg qui s'était développé à l'ombre du château protégeant le port que Robert le Magnifique avait aménagé sur les bords de l'Orne.
Robert: Un peu en amont de l'embouchure.
Eustache: A l'ombre de l'Abbaye s'est aussi développé un petit bourg que l'on appelle Bourg l'Abbesse.
Guenièvre: Et Guillaume s'en est tiré à meilleur compte que Mathilde?
Fitz Osbern: Non point! Il lui a fallu construire une abbaye pour moines…
Hughes: …mais à l'ouest de Bourg le Duc!
Arthur: Pour éviter les rencontres! Prudent le Pape… Il connaît ses brebis…
Le Cardinal: Je vous en prie, Général!
Robert: Autour de cette abbaye c'est développé un petit bourg que l'on appelle Bourg l'Abbé… voisin d'Allemagne.
Patricio: Voisin d'Allemagne? Ça me dit quelque chose, ça; j'ai comme l'impression qu'on y est passés!
Eustache: A l'allure où ces trois bourgs se développent, il ne faudrait pas s'étonner qu'avant la fin du millénaire ils ne fassent plus qu'une cité!
Lancelot: (à ses compagnons) C'est la ville de Caen que vous connaissez de vos jours!
Le Cardinal: Mais il n'y a pas d'Allemagne à côté de Caen!
Lancelot: Il n'y en a plus! Pendant la première guerre mondiale, s'appeler Allemagne…
Fiacre: Ça faisait désordre!
Lancelot: Le Conseil municipal a décidé de donner à la commune le nom d'une commune de la région de Verdun qui avait été rayée de la carte… Comme c'était sur les bords de l'Orne, on a ajouté le suffixe "sur Orne" et voilà comment Allemagne a fait place à Fleury sur Orne!
Achard: (rangeant les broderies)Demain on en finit avec Hastings et on commence la prise de Domfront et l'annexion du Passais.
Arthur: La prise de Domfront, après la conquête de l'Angleterre?
Achard: Non, c'était en 1052; on brode dans le désordre mais on fait le montage après.
Hughes: Là, c'est Roger de Montgommery le conseiller technique, vu qu'il en est toujours le seigneur!
Fitz Osbern: Par mariage! Le Cardinal: Par mariage?
Fitz Osbern: Avant que Guillaume ne reprenne Domfront et Alençon à Geoffroy Martel le comte d'Anjou, le Passais était aux mains de Mabile de Bellême.
Gautier: Une vieille taupe… fourbe au possible!
Robert: Pour la mettre sous l'éteignoir Guillaume lui a fait épouser Roger de Montgommery, le fidèle parmi les fidèles.
Arthur: (regardant un bout de broderie) Mais dites donc! C'est un film X que vous brodez là! (il montre un détail de la tapisserie de Bayeux)
Achard: Ça, c'est la scène des petites anglaises! Ça se passe juste après le débarquement en Angleterre…
Eustache: Les troupes d'Harold étaient occupées à réduire une insurrection à la frontière de l'Ecosse…
Fitz Osbern: Insurrection fomentée en sous main par Guillaume!
Hughes: Toujours est-il que lorsque nous avons accosté, il n'y avait pas de comité d'accueil… nous avons eu tout loisir de nous installer, établir quelques mottes castrales…
Arthur: …et détrousser quelques petites anglaises, mes gaillards!
Gautier: Une armada pareille… que des hommes… vous savez ce qu'il en est!
Arthur: Pas toujours facile à contenir!
Le Cardinal: Messieurs, je vous en prie!
Achard: De toute façon, cette séquence est mal brodée… On va devoir la refaire… au casting, ils ont dû nous trouver des acteurs de série B!
Eustache: (désignant Guenièvre) Achard, Tu ne trouves pas que la gente Dame là serait plus dans le profil du personnage?
Achard: Pour sûr! (désignant Lancelot) Et je crois que Messire, à ses côtés, lui donnerait plus que parfaitement la réplique!
(réapparaissent Lionel, Jacques, Roger de Montgommery… Lionel a un coussin en guise de pansement sur la fesse gauche)
Hughes: (indiquant Lionel) En tout cas, pour le gros plan de la fessée, c'est compromis!
Jacques: Mon Pluriel! En quel état ils t'ont mis!
Lionel: La droite encore, mais c'est la gauche!
Jacques: Avec la poudre de Sympathie, elle est bariolée du vert au rouge, mon Pluriel!
Achard: Alors, gente Dame, vous voulez bien faire un essai? Je rappelle les brodeuses et si l'essai est concluant on brode toute la scène après demain!
Guenièvre: (presque déjà consentante) Mais il faudrait demander aussi à Messire Lancelot ce qu'il en pense.
Lancelot: Refuser serait assurément vous offenser!
Arthur: (se "réveillant") Pas question! Vous avez vu la scène qu'ils veulent broder!
Guenièvre: Mais, Chou Baby! C'est une fiction… Ça ne vous ferait pas plaisir de me voir passer à la postérité?
Arthur: Et en quelle posture? Pas de ça, on file! (il l'entraîne vers l'échelle du temps)
Guenièvre: Arthur, vous brisez une carrière!
Arthur: Encore un mot et y a peut être pas que la carrière que je vais briser!
Chœur des Héros: (les suivant) Voyons, Chou Baby! Vous ne pouvez pas faire ça, Chou Baby!
Lionel: Attention, Chou Baby! Un jour, elle en aura marre de faire tapisserie…vous m'entendez , Chou Baby?
Arthur: (presque déjà sorti) Y a pas de Chou Baby qui fasse!
NOIR
SCENE 2
(deux cloutiers en plein concours, sur une petite estrade)
Le Baratineur: Attention, mesdames et messieurs, c'est le moment de la grande finale entre le représentant de Larchamp et celui de Tinchebray! Prêts? Partez! (il tourne un sablier) (les deux cloutiers s'activent)
John Deer: (arrivant sur scène et s'approchant d'un spectateur, "Vulcanson") Qu'est ce qu'ils font là avec leur enclume?
Vulcanson: C'est le concours du meilleur cloutier de Normandie!
John Deer: Cloutier?
Vulcanson: Ils forgent des clous, tout simplement! Et vu que Tinchebray est la capitale du clou, il est normal que la finale ait lieu ici!
John Deer: Qui qu'c'est qui vous a donné l'idée d'faire du clou? Vous avez eu des subventions?
Vulcanson: Nous avons tout ce qu'il faut sur place: du bois, de l'eau pour les forges et du minerai… sans compter que depuis l'an dernier on trouve la matière première à même le sol!
John Deer: Il en est tombé du ciel du minerai?
Vulcanson: Je veux parler des armures qui sont restées sur le champ de bataille où se sont affrontés Robert et Henri.
John Deer: Robert et Henri?
Vulcanson: Les deux fils de notre regretté Duc Roi Guillaume!
Le Baratineur: Top! C'est maintenant l'heure des comptes! Larchamp… 8 clous et Tinchebray 9 clous ! C'est donc Tinchebray qui remporte le Clou d'argent 1107!
(applaudissements dans la salle) (les héros arrivent; John Deer se cache dans le public) Le Baratineur: Et maintenant, le moment tant attendu… J'accueille le lauréat du bardo-crochet 1105; vous vous souvenez tous que l'an passé, en raison de sanglants événements notre inter cités n'avait pu avoir lieu… J'accueille donc la Lyre 1105 , le célèbre trouvère Robert de Flers de la Caille Avet! (applaudissements dans la salle; R de Flers salue)
Le Baratineur: Vous remettez votre lyre en jeu avec une œuvre toute récente.
R. de Flers: Une ode que j'ai composée en hommage à notre grand Duc Roi Henri le Beauclerc!
Le Baratineur: On vous écoute.
R. de Flers: Je m'en vais vous conter l'histoire de Messire Henri, par tous nommé Beauclerc et Duc de Normandie. Deux ans après Hastings, il naît en Angleterre des amours de Guillaume et Mathilde sa mère. Quatrième des fils, pouvait il espérer le somptueux destin qui lui fut réservé? Ses aînés avaient nom, Robert le Courtecuisse, Richard, chéri du père avant qu'il ne périsse, Guillaume au casque d'or, qualifié de Le Roux Bâtard n'en connais point, Guillaume fut bon époux!
De ses frères le Beauclerc était donc le puîné mais par sa bonne étoile, fut le plus fortuné.
Robert se préparait à cueillir l'héritage cependant que Guillaume dirigeait sans partage. Impatient qu'il était et mû par l'ambition Robert fut abusé par les conseils d’Odon, Evêque de Bayeux et demi frère du Roi. Si vile trahison mit le père en émoi et Guillaume sur le champ Robert déshérita. Guerroyant le françois, de cheval il chuta; ce fut alors grand deuil en toute la Normandie quand le Duc - Roi mourût après longue agonie.
De ses frères le Beauclerc était donc le puîné mais par sa bonne étoile, fut le plus fortuné.
Entouré des barons sur le terme de sa vie, pressé de toutes parts, Guillaume bien affaibli, à Robert l'exilé avait donné pardon, laissant la Normandie au fils pourtant félon. Le Pape prêchant alors la première croisade, assurant de sanctions en cas de dérobade, invita Courtecuisse à se joindre aux alliés et le tombeau du Christ s'en aller délivrer. Pour tenir le duché pendant sa longue absence au cadet d’Angleterre il confia la gérance.
De ses frères le Beauclerc était donc le puîné mais par sa bonne étoile, fut le plus fortuné.
Or donc, en son absence plutôt que le puîné Robert avait choisi Guillaume son cadet. Lors à Le Roux advint, chassant en New Forest, comme à Richard son frère, destin aussi funeste. Henri dit le Beauclerc, assemblant les barons, par eux fait confirmer ses droits à succession. Henri premier est roi et règne sur l'anglois; Au retour de Robert, Normandie lui octroie, respectant le choix du père en son trépas ; oncques le nommer félon personne ne pourra .
De ses frères le Beauclerc était donc le puîné mais par sa bonne étoile, fut le plus fortuné.
Las Robert point ne sut Normandie gouverner, l'héritage du père laissant dilapider. Grand nombre de barons, pour le duché soucieux, implorent le Beauclerc comme on supplie un dieu. Rassemblant une flotte, cédant à leur invite Il débarque à Barfleur, organise la poursuite ; place forte après place forte, semblable à l'araignée, Il tisse grande toile dont n'est point d'échappée ; à Tinchebray le Beauclerc lors d'un ultime combat Arrache la Normandie et s'en fait pas Potentat.
De ses frères le Beauclerc était donc le puîné mais par sa bonne étoile, fut le plus fortuné.
Fiacre: Si ça c'est pas de la propagande!
Patricio: Le Dr Goebbels aurait pu être son élève!
Le Baratineur: On applaudit Robert de Flers!… (applaudissements nourris) et maintenant qui veut relever le défi?
Fiacre: (levant la main) Moi!
Le Baratineur: Un Sarrazin qui relève le défi! Ne craignez vous pas de vous ramasser comme une galette?
Fiacre: Oh! Je ris cane!
Le Baratineur: Avec une voix de canaris ! (il fait signe à la salle de rire et l'applaudir) et qu'allez vous opposer à cette magnifique ode de Robert de Flers sur notre grand Duc Roi Henri Beauclerc?
Fiacre: Une prophétie…sur un air du futur!
Le Baratineur: Nous avons hâte d'en savoir plus! (il fait signe à Fiacre de s'exécuter)
Fiacre: (Air de Rap) De ce frère puîné oyez quoi adviendra. Robert son prisonnier vingt-huit ans gardera. Des troubles en Normandie sans cesse devra mater. Noyé dans un naufrage son fils devra pleurer. Pour tout son héritage seule une fille restera. De sa très jolie femme un évêque s'éprendra, Poussant l'outrecuidance jusqu'à lui déclarer: "Toi reine qui est belle, tu crains de le montrer heureuse de posséder, par don de la Nature ce que d'autres n'acquièrent que par grande imposture". Jamais plus clairement amour ne s'avouera, Beauclerc assurément belles cornes portera!
(la foule le conspue et le pourchasse… il s'échappe par l'échelle du temps poursuivi par des "goujat" "hérétique" "sacrilège")
Lancelot: Je crois que là, il a fait un peu fort!
Arthur: Il a raison, il faut de temps en temps déniaiser les foules!
John Deer: (réapparaissant)Moi aussi, je veux concourir! (il chante) Ils ont des chapeaux ronds Vive la Bretagne, Ils veulent des subventions Vive les Bretons! NOIR
SCENE 4
(en fond de scène, une tribune; Fiacre arrive et va pour s'y cacher… un "vigile" l'en empêche)
1er Vigile: Les tribunes populaires, c'est par là!…(il désigne le côté cour)
2ème Vigile: Oui, mais les comme lui, c'est là bas!…(il désigne la salle)
Fiacre: On se croirait au Parc des Princes!(il descend prendre place dans la salle)
Marchand: 1 livre le flacon d'hypocras!
Thuribe (spectateur): Les prix flambent aujourd'hui!
Marchand: C'est pas tous les jours la finale du Super Soule!
Book maker: Dernière côte: Domfront 5 contre 1… Brives 3 contre 1! Je prends les paris! (l'équipe de Domfront passe en footing…les joueurs sont équipés à l'instar des joueurs de Football américain)
Le Coach: On souffle!
Barbotte: (se tordant la cheville) Aïe! Ma cheville!
Le Coach: Qu'est ce qui se passe? (il vient voir le joueur à terre)
Eutrope (spectateur): Allons bon, Barbotte qui s'est tordu la cheville!
Bomer (spectateur): Notre meilleur buteur! Ça c'est une tuile!
Bookmaker: Domfront 9 contre 1… Brives 2 contre 1!
Thuribe: Tu parles que notre côte est en baisse!
Eutrope: Déjà qu'avec un arbitre anglais on est pénalisés!
Bomer: On n'a pas la même façon de jouer!
Aignan: Pour sûr qu'il va avantager Brives!
Thuribe: Ça, la conquête de l'Angleterre ils ne nous l'ont jamais pardonnée!
Le Soigneur: (il applique une jarretière miracle sur la cheville de Barbotte) Heureusement qu'il y a la jarretière miracle!
Le Coach: Faudra que tu m'expliques comment tu les prépares tes jarretières miracle.
Le Soigneur: T'as qu'à regarder le Grand Albert!
Le Coach: (sortant des feuilles éparses du panier du soigneur, pendant que celui-ci s'occupe de Barbotte et lui applique la jarretière; le coach lit) "Secret de la Jarretière: Vous cueillez de l'armoise dans le temps que le soleil fait son entrée au premier degré du signe du Capricorne; vous la laissez un peu sécher à l'ombre, et vous en ferez des jarretières avec la peau d'un jeune lièvre; c'est à dire qu'ayant coupé la peau du lièvre en courroies de la largeur de deux pouces, vous en ferez un redouble, dans lequel vous coudrez la dite herbe, et les porterez aux jambes: il n'y a point de cheval qui puisse suivre longtemps un homme de pied qui est muni de ces jarretières! Et si vous faites pisser sur vos jambes une jeune fille vierge vous serez soulagé de la lassitude!" Il me faut ça pour toute l'équipe à la mi-temps!
Le Soigneur: Le plus dur c'est de trouver la jeune fille vierge!
Le Coach: (pendant que le soigneur soulève Barbotte)Y a-t-il une pucelle? Y a-t-il une pucelle? (ils sortent en coulisses tout en continuant à questionner)
Bookmaker: A qui le bouclier d'Artus? Domfront 9 contre 1… Brives 2 contre 1!
(les héros arrivent sur scène)
Marchand: 1 livre la bouteille d'hypocras! 2 livres l'enluminure de Domfront! 5 livres l'album souvenir du mariage d'Henri Plantagenêt et d'Aliénor d'Aquitaine!
Richard C d Lion: Le mariage de père et mère! Mais alors je suis presque arrivé!
Le Cardinal: Evidemment nous sommes en plein XI°, mais nous pour rallier le XX° on a encore du chemin!
Arthur: (à Richard) Et en plus vous êtes sur des terres que vous connaissez!
Richard : J'ai fait ici de longs séjours dans mon enfance; notamment l'année où mère y a mis au monde ma sœur Eléonore…
Lancelot: …celle qui devait par la suite épouser le roi de Castille Alphonse VIII…
Le Cardinal: …et enfanter notre bonne Blanche de Castille…
Richard: ma nièce!
Le Cardinal: et mère de notre St Louis!
Lionel: Comme le monde est petit!
Jacques: Oh oui, mon Pluriel!
1er Vigile: S'il vous plait, gagnez vos places…. Les officiels arrivent! (arrivée de Chrestien de Troyes et Thomas Beckett qui devisent)
Chrestien: Pour sûr Messire Beckett, ce fut un beau mariage!
Thomas: Et de quelle belle cité notre Duc Roi dote-t-il la mariée! C'est assurément un joyau que Domfront!
Chrestien: Que ce mariage fut promptement décidé!
Thomas: Trois mois seulement après le divorce d'Aliénor. Louis VII de France doit aujourd'hui regretter de l'avoir répudiée! Son royaume n'a plus de littoral; grande faute politique mon cher Chrestien!
Chrestien: La liaison connue de tous lui devenait insupportable!
Thomas: Mais grand dieu, on peut être cocu et rester intelligent!
Chrestien: Le jour même où Henri est arrivé à Paris accompagné de son père Geoffroi qui venait de lui laisser son duché…
Thomas: Son duché, Chrestien? Comme vous y allez! N'oubliez pas que ses droits sur la Normandie, Geoffroi Plantagenêt ne les devait qu' à son mariage avec l'Emperesse, la fille du Beauclerc!
Chrestien: C'est quand même lui qui militairement a reconquis la Normandie pour Mathilde que les barons avaient évincée de la succession de son père…
Thomas: justement à cause de son mariage avec Geoffroy pour lequel elle n'avait pas demandé leur consentement!
Chrestien: Les femmes amoureuses n'en font souvent qu'à leur tête!
Thomas: A l'image d'Aliénor qui dès qu'elle a vu le bel Henri n'a en rien cherché à masquer son idylle!
Chrestien: Il est vrai qu'elle s'offrait volontiers aux papiruzzi!
Thomas: Ces imagiers de torchons! Tenez, les voilà encore à ses basques! (arrivent Henri II et Aliénor flanqués de "papiruzzis" dessinant des scènes, avec brassards à l'épaule: "Voici", "Gala", "France Dimanche", "Ici Paris"; Henri et Aliénor prennent place dans la tribune; le public crie "Vive le Duc, Vive Aliénor")
Richard Cd Lion: Mais ce sont père et mère! (il va pour s'avancer)
Le Cardinal: (l'arrêtant) Evitez de nous faire remarquer, Messire!
Lancelot: Vous risquez de tout compliquer!
(le crieur s'avance pour parler)
Crieur: Nobles Gens , Nobles Dames, la finale du Super Soule va se dérouler dans quelques instants… et le coup d'envoi sera donné, comme le veut la tradition, par la dernière mariée de la cité organisatrice... Cette année, la très belle et très noble duchesse Aliénor d'Aquitaine! (la foule applaudit; Aliénor salue) J'appelle maintenant les deux équipes, Brives et Domfront!
(arrivée des deux équipes composées de neuf joueurs chacune; John Deer s'est intégré à l'une d'elle pour entrer puis va se cacher dans le côté opposé à Richard Cœur de Lion; l'arbitre a un sablier autour du cou)
Crieur: Je rappelle que chaque joueur de l'équipe vainqueur recevra 1 000 livres. Je vais demander aux capitaines de procéder à l'échange des fanions. (id est) Et maintenant, la duchesse Aliénor va lancer la soule. Prêts? Top! (Aliénor lance la soule; Ballet des deux équipes, réglé en fonction de phases de rugby: Saut en touche, mêlée fermée, mêlée ouverte, passes de 3/4, placages…dans l'esprit de West Side Story; aux 2/3, l'arbitre sort un carton rouge pour un mauvais geste de Barbotte qui est envoyé au gibet! )
Crieur: La lutte est sévère et ,malgré la pendaison de Barbotte, Domfront offre une belle résistance; la partie reste indécise; notre Duc Henri offre deux mille livres supplémentaires en prime au joueur qui parviendra à ramener la soule au clocher de son camp!
John Deer: (bondissant) Deux mille livres de prime! J'peux pas laisser passer ça! (il s'empare de la soule; la foule le conspue; les autres joueurs le poursuivent; il prend l'échelle du temps avec la soule)
Richard C d Lion: Mais c'est le Breton! (il se lance à sa poursuite; les autres héros lui emboîtent le pas)
NOIR
SCENE 4
(ruban devant Château Gaillard, projeté sur écran en fond; arrivent Robin des Bois et Ivanhoé avec Guillaume de la Ferté, Guillaume de Briouze)
Ivanhoé: Assurément, une telle forteresse face à Paris, c'est un défi qui devrait mettre un terme aux convoitises de la Maison de France!
Briouze: Croyez-moi , Messires Robin et Ivanhoé, Ferté et moi qui vivons en permanence en Normandie pouvons vous certifier que l'appétit des François est sans bornes.
Ferté: Briouze a raison et couvrirait-on le duché de semblables forteresses, ils ne seraient point résignés; la seule et grande forteresse qui les arrête c'est notre Duc Roi Richard.
Robin: Dieu nous le garde longtemps!
Ivanhoé: Et plaise à Dieu de lui trouver femme qui lui donnera un fils aux semblables vertus!
Robin: Si pour l'heure il venait à disparaître, il n'est guère que son neveu Arthur de Bretagne pour empêcher l'arrivée sur le trône de cet incapable Jean Sans Terre.
Ivanhoé: Le fils de feu Geoffroy est en effet homme de qualité!
Ferté: Certes! Mais comment imaginer un "de Bretagne" devenant duc de Normandie?
Robin: Moindre mal quand on connaît l'inconséquence de ce félon de Jean!
Briouze: Il est vrai qu'il s'est déjà compromis avec Philippe Auguste lors même que son père Henri régnait encore.
Ivanhoé: Sa conduite était sans conteste dictée par sa mère Aliénor qui n'a jamais pardonné à Henri sa liaison avec Rosemonde…
Ferté: La maîtresse qui vivait recluse dans son souterrain doré!
Briouze: Seul moyen de la soustraire à la connaissance d'Aliénor!
Robin: Jusqu'à ce qu'une langue ne vienne à parler…
Ivanhoé: Langue,… mot féminin!
Briouze: On dit que c'est Aliénor elle même qui serait descendue dans le souterrain pour lui faire boire la ciguë!
Robin: Elle l'aurait…suicidée?
Ferté: On le dit! Ce faisant, elle a poignardé Henri par contrecoup.
Briouze: Après, il n'était plus que l'ombre de lui-même…
Ivanhoé: Les choses allaient déjà bien mal après qu'il eût fait assassiné Thomas Beckett! Souvenez-vous de l'humiliation que fut pour lui la levée de l'excommunication que le Pape lui avait infligée!
Ferté: Sévère condamnation alors qu'il n'avait pas de sang sur les mains!
Robin: Certes, il n'avait pas été le bras du crime, mais assurément le cerveau!
Ivanhoé: Je le revois en la cathédrale d'Avranches, en chemise, pieds nus, ,à genou devant le légat du Pape, les ambassadeurs… tous les grands de ce monde!
Robin: C'est un homme brisé qui, ce jour là, s'est relevé! (arrive le clone de Richard)
Ivanhoé: Richard! De quel magnifique verrou dotez-vous aujourd'hui la Normandie!
Robin: Quand on pense qu'à peine une année s'est écoulée depuis ce jour où vous avez posé la première pierre…
Clone Richard: N'est elle pas belle ma fille d'un an?
Ferté: A faire mourir de jalousie Philippe Auguste!
Briouze: Vous savez ce qu'on rapporte? Il aurait déclaré: "Je la prendrai, ses murs fussent-ils de fer!"
Richard: Et moi je la conserverai ses murs fussent-ils de beurre!
(arrêt sur image)
(incursion sur scène d'un "homme de presse type Western")
Homme de Presse: "Remarque personnelle de l'auteur, mesdames et messieurs: En ce temps là, c'était du vrai beurre fait avec de la vraie crème de vrai lait de vraies vaches normandes qui mangeaient de la vraie herbe du Bon Dieu! Normandie pourquoi t'es tu abandonnée aux fausses vaches noires et blanches qui te défigurent par le maïs, le plastique et les pneus! - Fin de la remarque (il disparaît)
(arrive John Deer)
John Deer: (apercevant le clone de Richard)Allons bon! Il est déjà là! J'le croyais derrière moi! (il va pour faire demi tour et tombe sur l'autre Richard qui arrive avec les autres héros)
Richard: Ah cette fois je te tiens, Breton!
John Deer: (stoppé net)Allons bon! Ils sont deux!
Ivanhoé: ( à Richard) Que fais-tu ici, bouffon? Te montrer dans ce déguisement en présence même du duc Richard!
Robin: Enlève ce déguisement, imposteur!
Richard: L'imposteur n'est pas celui que vous croyez! (il enlève son heaume)
Ivanhoé: Ça alors! Un sosie!
Richard: Que nenni! Je suis le Duc Richard! Ivanhoé, pendant que tu cherchais à rassembler les cent mille marks demandés en rançon, je me suis évadé, mais arrivé en forêt d'Andaines , je me suis égaré, victime d'un maléfice…
Clone: Et à qui espères-tu faire croire ces balivernes?
Ivanhoé: (se tournant vers le clone) Et pourtant c'est bien Richard que j'ai sorti de prison moyennant les cent mille marks!
Robin: Vous êtes aussi vrais l'un que l'autre!
Richard: Si les traits sont semblables, la mémoire va nous différencier… Ivanhoé et Robin, venez avec moi! Je m'en vais vous rappeler quelques souvenirs que nous avons en commun depuis notre jeunesse et vous irez ensuite demander à cet imposteur s'il en a souvenance! (il s'écarte pour parler à voix basse avec Robin et Ivanhoé; le clone commence un repli discret et lent, presque imperceptible)
Le Cardinal: Deux personnages aux semblables traits pour une seule place dans l'Histoire!
Lancelot: Je crois comprendre: la Gione égare ses conquêtes et s'ils sont gens d'importance, elle les clone puis relâche le double pour donner le change et masquer son forfait!
Lionel: Tu te rends compte, mon Jacquou, si la Gione m'avait cloné!
Jacques: Mais tu es déjà cloné, puisque tu es mon Pluriel!
(le clone s'en va, cette fois précipitamment, en descendant l'échelle du temps)
Richard: L'usurpateur s'enfuit! A moi! Cinq mille marks de prime à celui qui le rattrapera!
John Deer: J'en ai marre de courir après les primes; ça promet mais ça ne paye pas souvent!
(Tout le monde s'engage dans l'échelle) NOIR (brouhaha: "par ici", "non, il est parti par là", "je le vois")
Lionel: Mais qui est-ce qui me chatouille dans le noir?
(lumière douce à l'avant scène; les personnages reviennent de la coulisse; pendant ce temps on enlève en fond de scène, dans le noir, le drap couvrant le dolmen du début)
Arthur: Cette fois il est fait! Il ne peut pas nous échapper! (il se dirige sans le voir vers le filet qu'il avait lui même posé Acte 2 scène 4)
Guenièvre: Attention, Chou Baby!
Lancelot: Attention, Général!
Chœur de héros: Votre filet, la bombe! NOIR
(grand bruit d'explosion et flash sur écran de champignon atomique)
(quelques secondes puis la lumière revient; on retrouve le randonneur endormi au début au pied du dolmen se réveillant brutalement)
Le randonneur: (il est en sueur, très agité) Ils ne marquent pas dans le topo-guide que le calva est hallucinogène; pays de rêve qu'ils disent… cauchemar assuré, oui! (on entend des oiseaux chanter) Enfin, ça fait du bien d'entendre des oiseaux! (il consulte son topo-guide)
(arrive une randonneuse; elle a les traits de la Gione)
La randonneuse: Monsieur, vous êtes perdu? Je peux vous être utile?
Le randonneur: (prenant ses jambes à son cou) Ça va aller, merci! (il disparaît en coulisses) (mine stupéfaite de la randonneuse)
NOIR
FIN
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